Gilles-William Goldnadel : L’hystérie des foules médiatiques

© Benjamin de Diesbach pour L’Incorrect

Il récuse la pensée de masse, l’abêtissement et l’avilissement du peuple et se lance le défi de psychanalyser les médias: névrose, folie, hystérie, haine. Les foules médiatiques seraient-elles gangrénées jusqu’à la moelle ? Face au pathos imposé et dégoulinant, Gilles-William Goldnadel préfère se livrer avec pudeur à propos de la Shoah et de la place de l’homme juif dans la société.   Qu’appelez-vous « névroses médiatiques » ?   Cela fait longtemps que je vitupère les médias, et j’ai essayé dans ce livre de comprendre en quoi il y avait une névrose médiatique. Mon livre s’adresse à tous les gens qui considèrent que le monde ne tourne pas rond, qu’il est vraiment cinglé pour parler crûment. J’ai donc vu, dans cette folie, la marque de l’hystérie que l’on retrouve dans l’hystérie des foules: j’ai été lire La psychologie des foules de Gustave Le Bon, revue par Sigmund Freud, qui expliquent tous les deux en termes assez peu amènes, ce qui caractérise une foule : la foule est puérile, suiviste, proprement hystérique, elle s’alimente davantage de haine que d’amour; la foule est panurgiste, presque par définition, et surtout elle est plus à la recherche de croyances que de vérités. Aujourd’hui, les individus isolés chacun dans leur coin, mais reliés tous électroniquement et connectés médiatiquement, forment une foule avec ces mêmes caractéristiques.   La parole publique s’est en effet libérée sur les réseaux sociaux. Est-ce pour le meilleur ou pour le pire ?   J’ai le sentiment que c’est plutôt pour le pire que pour le meilleur, mais je reconnais que grâce aux réseaux électroniques le monopole des fakes news a été perdu par le service public audiovisuel; c’est pour ça d’ailleurs qu’il en veut beaucoup aux réseaux sociaux. Cependant, il possédait surtout le monopole du fake par occultation: il est très rare que l’on vous cache complètement un événement. Mais si on le raconte dans un articulet de quatrième page, c’est une occultation de fait; inversement, on va surexposer ce qui arrange. De ce point de vue-là, grâce soit rendue aux réseaux sociaux.   Pour le pire cependant, l’hystérie des foules médiatiques qui existait, déjà, via la télévision ou les journaux, a été exponentiellement multipliée. Mais pour reprendre le fil de la première question, il y a une névrose beaucoup plus profonde qui est proche du masochisme voire de la paranoïa : c’est la grande honte occidentale, la grande honte blanche qui ne vient pas tant de la honte de l’esclavagisme – si ça n’était que ça, les Arabes devraient davantage encore avoir plus honte que les Occidentaux, la traite négrière arabique étant bien plus ancienne et bien plus importante que la traite atlantique. Non: le colonialisme et la honte du colonialisme ont été revisités par la honte de la Shoah.   Est-il normal en tant qu’européen d’avoir honte de la Shoah ?   Cette honte est totalement injustifiée : à supposer même que je m’adresse au fils ou au petit-fils d’un collaborateur patenté, il ne devrait nourrir la moindre honte par rapport à son collaborateur de grand-père.   Comment est-on passé d’une honte éventuellement légitime à une autoflagellation contreproductive ?   Par le biais de la névrose : je récuse le mot honte, auquel je préfère celui de souffrance. Pour ma part, je suis un juif parfaitement assumé, la Shoah reste pour moi une souffrance indicible, une partie de ma famille est morte dans les chambres à gaz. J’ai toujours été gêné par un pathos autour de la Shoah, mais il se trouve que je n’aime pas le pathos en général, auquel je préfère un deuil pudique. Ceci fermement posé, je considère par exemple que la création de l’État d’Israël est une formidable consolation pour celui qui vous parle. Il y a une image que je déteste, celle d’un soldat allemand qui, avec la pointe de sa badine, lève le menton d’une vieille juive en fichu, je le vis encore comme une manière d’humiliation. La réponse merveilleuse de Tsahal à Goebbels qui disait « Vous avez déjà vu un soldat juif? » me convient bien volontiers. Ce que je réprouve, c’est une honte qui serait héréditaire, et cette obsession de la Shoah, cette sauce Shoah mise à tous les plats, c’est l’excès qui caractérise la névrose. Quand je m’engueule avec ma chère Oriana Fallacci, je lui dis: « Oriana, je ne crois pas que vous ayez raison de penser que la civilisation occidentale est supérieure à la civilisation orientale, c’est bien en Occident que s’est créée la Shoah ». Ainsi moi-même je n’oublie pas cela, mais je dénonce l’hystérie et l’excès qui sont la source de cette névrose contemporaine [...] Suite dans le dernier L’Incorrect et en ligne pour les abonnés
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