En breton, on dira « sebezet » qui pourrait se traduire par « stupéfait ». Tout le monde a entendu parler de Callac, village de 2 000 habitants du Centre-Bretagne dans lequel une famille de Parisiens de tour Eiffel, les Cohen, veulent implanter une centaine de migrants. Le projet « Horizon » que ça s’appelle. Comme horizon d’emmerdes pour les Mohicans du coin.
Manif, contre-manif, pétition, la soupe est bien aigre en ce moment à Callac. Affaire Dreyfus armoricaine ! Les familles sont divisées, tout le monde ne parle que de ça, les murs de la commune sont tagués de slogans hostiles en breton, le marché est devenu le lieu de toutes les engueulades et pétitionneries. Désormais, le maire se déplace entre deux gendarmes pour venir interdire aux « anti- » de faire signer une demande de référendum entre carottes et poisson. Cependant, contrairement à l’affaire Dreyfus, la ligne de fracture n’est pas de 50/50 « pour » et « contre », mais bien – de l’aveu même du maire – dans un 80/20. 80% d’anti-projet Horizon et 20% de lous ravis de la crèche.
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Pour ceux qui ne connaissent pas la situation locale : Callac est une ancienne terre rouge. Résistance. Maquis. Parti communiste. La commune et ses environs étaient des terres pauvres, devenues fiefs protestants, puis républicaines anti-curés, puis communistes. Une sorte de « communisme rural » de travailleurs paysans comme il en existe dans le Limousin ou dans l’Allier par exemple. En gros, jusqu’à récemment, le rapport Khrouchtchev n’était pas encore arrivé à Callac !
Mais les locaux risquent, cependant, de se prendre le vent de l’histoire en plein binou. En effet, après le projet Horizon, les Callacois vont avoir le droit à la double peine : l’implantation de migrants par la préfecture des Côtes d’Armor ! Jean-Yves Rolland, le maire de gauche, vient d’en faire l’annonce le 12 octobre en Conseil municipal : sa commune a été « ciblée » par le gouvernement pour « placer des familles de migrants à la campagne ». Ce qui n’était qu’une rumeur et un article de Breizh Info jusqu’alors devient réalité : deux maisons ont été rachetée dans le bourg (dont un coquet petit manoir) et une troisième est en négociation. Deux familles de migrants vont arriver en novembre pour y être pris en charge par l’association Viltaïs, une association… auvergnate. Et ce n’est point des familles « un couple et deux enfants » à la mode occidentale qui vont ainsi faire le bonheur du Centre-Bretagne mais bien des familles africaines : la première ne compte pas moins de 10 personnes originaire du Soudan et une autre est composée de six personnes originaire de Centrafrique !
Dans cette histoire rocambolesque se conjuguent trois problématiques : l’accueil des migrants dont la population ne veut pas, l’imposition de ces migrants par la Préfecture et l’État parisien et, enfin, la question du logement
Au bas mot, 12 enfants qui ne doivent pas parler ni français ni breton : on souhaite bien du courage aux établissements scolaires du secteur. Selon le maire, « l’État français a été condamné par le Haut-Commissariat aux réfugiés pour non-respect des quotas d’accueil de réfugiés », c’est donc à Callac de relever le niveau de migrophilie de la France !
Jean-Yves Rolland, cocu comme Gros-Jean, a pris soin de préciser qu’il n’avait pas été consulté sur ce projet imposé par la préfecture des Côtes d’Armor et qu’il appelait les habitants à accueillir ces familles « comme il se doit » et même « à préparer leur arrivée sereinement avec l’école, le collège et le centre social ». Bah voyons !
Le maire, dans une ultime tentative pour ne pas définitivement s’aliéner sa population, a demandé à l’État à être reconnu comme Territoire d’accueil et d’intégration (CTAIR), source de subventions et d’un accompagnement des services institutionnels. Si le dossier passe, le classement amènera, selon l’édile, « des retombées pour tous ». Une lettre sera ainsi envoyée à tous les Callacois pour faire passer la douloureuse. Déjà écrite, il y est question « d’imaginer un futur à Callac, afin de mieux vivre ensemble » et autres fariboles.
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En fait, dans cette histoire rocambolesque se conjuguent trois problématiques : l’accueil des migrants dont la population ne veut pas, l’imposition de ces migrants par la Préfecture et l’État parisien (sujet sensible en Bretagne, ce qui s’ajoute au projet Horizon porté par de riches parigots coupés des réalités locales) et, enfin, la question du logement. Les Bretons ont du mal à se loger, les prix flambent et les populations manifestent : or, la préfecture achète trois belles maisons pour des étrangers ! Maisons qui vont être rénovées aux frais du contribuable ! Il faut reconnaître que la concordance des évènements est plutôt malheureuse.
Le projet de « transition démographique » annoncé par Emmanuel Macron dans un discours aux préfets est donc entamé. L’architecture en est simple : le délestage du poids de l’immigration sur les campagnes en échange de menus avantages, comme le maintien de la Poste, de l’école, plus trois balançoires au milieu du bourg.
Les opposants au projet Horizon viennent d’annoncer la tenue prochaine d’une deuxième manifestation. L’État français se rend-il compte qu’il est en train d’allumer un baril de poudre et de danser la gavotte dessus avec une mèche allumée ?





