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Grégoire de Fournas : « La valorisation du travail sera prioritaire pour moi »

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Publié le

24 juin 2022

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Fraîchement élu dans la 5e circonscription de la Gironde, le député Grégoire de Fournas s’exprime sur les résultats et les projets futurs du RN.
fournas

Vous avez été élus dans une circonscription non-acquise au RN historiquement. Comment expliquez-vous ce basculement ?

Il faut relativiser. En 2015, nous avions gagné dans le nord-Médoc. Il y avait déjà historiquement un ancrage du RN assez fort dans ces lieux et c’est pour cela que depuis les élections départementales de 2015, beaucoup de journalistes se sont penchés sur le Médoc considéré comme une terre assez favorable. Cependant, dans la circonscription, on trouve un morceau de la métropole qui est à l’image de Bordeaux et nous est donc défavorable.

Marine Le Pen a fait 47,5% au second tour sur la circonscription. Il faut y ajouter le contexte local qui a sûrement un peu joué en notre faveur : en effet, j’étais le seul candidat qui s’était présenté également en 2017 avec le candidat sortant, qui a connu des déboires divers – il a obtenu 3,5% au premier tour en 2022. J’étais le seul un peu connu de tous car le candidat de Renaissance a été imposé par Horizons. De l’autre côté, la Nupes a  investi non pas l’ancienne députée socialiste qui était connue et assez consensuelle, mais lui a préféré un militant de LFI qui cochait toutes les cases : moitié zadiste, moitié antifa. Ce contexte local a fait que le terrain m’était plutôt favorable.

Le fait que vous ayez réussi à vous normaliser auprès de la population n’est-il pas la preuve de la fin du « front républicain » ?

Dans ma circonscription, le front républicain n’a pas du tout eu lieu car la candidate de Renaissance battue au premier tour a dit qu’elle voterait blanc, la candidate LR a promu le « ni-ni » et la socialiste a apporté un soutien très mollasson au candidat LFI. Si barrage il y a eu, il s’est plus réalisé face à mon adversaire de la Nupes que face à moi. Localement, je m’entends bien avec quelques maires en sus. Depuis 2015, j’ai prouvé que je n’étais pas un excité incompétent. Cela a permis de normaliser le RN au niveau local.

Lire aussi : Alliances transpartisanes à l’Assemblée nationale : la grande inconnue

Justement, pour l’implantation locale, quels sont les thèmes qui vous tiennent le plus à cœur et que vous voudriez porter à l’Assemblée Nationale ? Les préoccupations des électeurs étaient-elles locales ou nationales ?

Dans le microcosme politico-associatif, ce sont toujours les sujets locaux qui reviennent, mais pour 95% de la population il faut mettre Macron dehors finalement. Les questions de pouvoir d’achat reviennent souvent dans la bouche des locaux. J’élargis cette question également à la valorisation du travail avec des gens qui n’ont pas la sensation d’être récompensés pour ce qu’ils font et qui pensent que les politiques sociales finissent par payer mieux que le travail. La question de la fiscalité revient assez souvent également. Je veux donc porter ces sujets-là. La valorisation du travail, par exemple, sera prioritaire pour moi. Il faut également porter le sujet de l’agriculture sur lequel je pense être un des députés du RN les plus informés.

Serez-vous une opposition pure comme veut l’être la Nupes, ou dans la construction ?

Nous procéderons comme dans toutes les autres assemblées c’est-à-dire jamais systématiquement dans le refus. Il est vrai que nous ne votons jamais le budget, mais par exemple, lorsqu’il y a des mesures pour les agriculteurs, on vote pour. Tant que ça va dans l’intérêt général, nous n’avons aucune difficulté à voter pour des choses ne venant pas de nous. En fait, la question est plus du côté de la majorité relative de Macron. Ses députés vont-ils être capables de voter autre chose que ce qui vient d’eux en travaillant intelligemment avec l’opposition ? En tout cas, ces cinq dernières années ils ont montré le contraire.

La question est plus du côté de la majorité relative de Macron.

Pour la réforme des retraites à laquelle vous êtes farouchement opposés, comme la Nupes, serait-il possible de vous voir alliés a pour mener ce combat d’opposition à l’Assemblée nationale ?

Il faut savoir que Macron n’aura pas de majorité pour voter l’âge de départ à la retraite de 65 ans. Mais ce n’est pas pour cela que nous allons signer une convention commune avec la Nupes pour dire « on est contre ». Simplement, l’opposition fera son travail et Macron ne pourra pas porter ce sujet à l’Assemblée Nationale.

Beaucoup d’observateurs pensent que la France sera ingouvernable dans les cinq prochaines années. Qu’en pensez-vous ?

Ingouvernable non, un gouvernement pourra jouer son rôle. Quoiqu’il en soit, nous sommes tout de même dans une attitude responsable et n’empêcherons pas Emmanuel Macron de constituer son gouvernement. Il faudra voir comme ça se traduit. Mais sur le travail législatif, il faudra se mettre d’accord. La situation est intéressante car dans mes mandats municipaux et départementaux, je me suis toujours retrouvé face à une majorité très large qui marginalisait le travail de l’opposition. En France, cette situation est inédite et sort de nos habitudes culturelles. On devra discuter et se mettre d’accord sur tous les sujets d’intérêt général en faisant des majorités de circonstance.

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