Le XIXe siècle connut une sorte de guerre froide, qui s’échauffa complètement à l’occasion de la guerre de Crimée. À l’issue des guerres napoléoniennes, les deux puissances dominantes en Europe sont l’Angleterre et la Russie. Elles entrent vite en compétition en Asie centrale, où l’Angleterre pousse les frontières de l’Inde vers le nord et où la Russie poursuit son extension vers le sud commencée au XVIe siècle. Cette rivalité intense, qui se fixe autour de la Perse et de l’Afghanistan via des conflits par procuration comme ceux qui opposent plus tard URSS et États-Unis, est connue sous le nom de « Grand Jeu » et ne prend fin qu’à l’aube du XXe siècle.
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En Europe, c’est à travers la question ottomane que Londres et Saint-Pétersbourg se mesurent. Depuis le début du XVIIIe siècle, l’empire turc connaît un déclin qui va en s’accélérant et dont les tsars profitent régulièrement par des guerres pour s’étendre vers le sud, en Ukraine puis dans les Balkans. L’objectif pluriséculaire de la Russie est en effet d’avoir un port dans une mer chaude, en Méditerranée, pour se projeter sur les océans du monde. L’Angleterre ne peut accepter une telle expansion russe en Méditerranée orientale, qui menacerait sa liaison avec l’Inde. En 1828-1829, profitant de la guerre d’indépendance grecque, se posant comme défenseur des orthodoxes, le tsar Nicolas Ier fend la partie européenne de l’empire turc et se trouve aux portes de Constantinople. Un traité humiliant est signé, qui voit les Ottomans céder des territoires et surtout beaucoup d’influence aux Russes, notamment à propos de la protection des orthodoxes dans leur empire.
C’est justement à ce sujet qu’éclate en 1853 une nouvelle guerre, car les Russes estiment que les pèlerins orthodoxes sont maltraités à Jérusalem, ville ottomane. Cette fois-ci, c’en est trop pour l’Angleterre et aussi pour la France, qui se pense, elle, comme protectrice des catholiques orientaux, qui se heurtent violemment aux orthodoxes dans la ville sainte.
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Alors que les Russes progressent rapidement dans les Balkans et le Caucase à la fin de 1853, qu’on croit à l’effondrement ottoman, Français et Anglais déclarent la guerre à la Russie en mars 1854. L’essentiel des combats a lieu en Crimée, péninsule stratégique qui abrite la flotte russe de la mer Noire. L’armée française, aguerrie par deux décennies de combats en Algérie, montre sa supériorité sur ses adversaires russes et ses alliés anglais et finit par s’emparer de Sébastopol en septembre 1855. La France, paria depuis les guerres napoléoniennes, revient par la grande porte dans le jeu diplomatique européen, et le traité de paix est signé à Paris en 1856. Le long processus de conquête russe vers le sud de l’Europe est stoppé durablement, et ne reprend qu’avec la satellisation de la Roumanie et de la Bulgarie à l’issue de la Seconde Guerre mondiale.





