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Habemus philosophum

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Publié le

12 juillet 2018

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Un recueil de textes de Benoît XVI offre une belle introduction à sa pensée politique. Pour le pape émérite, les démocraties ne pourront vraiment défendre la liberté que quand elles se fonderont sur la vérité transcendante.

 

On sait que le rapport entre la foi et la raison est un thème cher au cardinal Joseph Ratzinger, puis au pape qu’il a été de 2005 à 2013 sous le nom de Benoît XVI. Dans le cadre d’une collection « Textes choisis », en marge de ses œuvres complètes, voici un livre qui, sous le titre « Libérer la liberté. Foi et politique », offre une belle introduction à la pensée du pape émérite sur ces questions. Tout le propos de l’auteur est de montrer que si la démocratie – « dans la pratique le seul mode adéquat de gouvernement » (p. 117) – est en soi indépendante de la religion et donc aussi de la foi, elle ne peut fonctionner dans un relativisme généralisé sans risquer de devenir une dictature de la majorité.

 

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Or, à la suite du juriste Hans Kelsen (1881-1973), la plupart des théoriciens actuels de la démocratie, à l’instar de l’Américain Richard Rorty, estiment que religion rime avec hétéronomie de la personne, tandis que la démocratie affirmerait au contraire son autonomie. Si bien que, pour eux, la démocratie ne peut être que relativiste en délaissant la question du bien qui divise pour ne s’intéresser qu’à celle de la liberté.

 

Eduquer la conscience

 

Cette conception réduit la démocratie à une simple règle du jeu procédurale dans le but de permettre à chacun de poursuivre ses propres fins avec, en principe, le maximum de liberté. Le problème insurmontable de cette approche pragmatique est qu’elle livre un pouvoir sans limite à la majorité qui a la capacité, in fine, de décider de ce qui est légal ou non, donc du bien et du mal. Or une majorité électorale ou parlementaire n’a rien d’infaillible et peut voter l’abolition de la liberté, on l’a bien vu en Allemagne après l’arrivée de Hitler au pouvoir de façon démocratique. « De ce fait, écrit Benoît XVI, des institutions ne peuvent se maintenir et être efficaces sans des convictions éthiques communes », lesquelles ne peuvent être le fruit d’« une raison purement empirique » (p. 92). C’est pourquoi, poursuit-il, « pour une culture et une nation, se couper des grandes forces éthiques et religieuses de son histoire revient à se suicider » (p. 93).

 

Benoît XVI montre que, si la démocratie est en soi indépendante de la religion et donc aussi de la foi, elle ne peut fonctionner dans un relativisme généralisé sans risquer de devenir une dictature de la majorité

 

À ce niveau, le pape émérite fait intervenir la conscience, notion incontournable d’une société libre, tout en montrant que la conscience elle-même peut être erronée, ce qui est caractéristique lorsque l’on est incapable de reconnaître ses propres fautes et d’être étranger au sentiment de culpabilité (voir les grands tyrans comme Hitler ou Staline).

 

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Bref, la conscience doit s’éduquer tout comme la liberté a besoin d’un contenu, à savoir reconnaître les notions de vérité et de bien. Et ce contenu minimum, c’est la loi naturelle, en principe accessible par la simple raison: « Le démantèlement de la dictature du relativisme et de l’adoption d’une morale totalement autonome qui interdit la reconnaissance de l’incontournable loi morale naturelle inscrite par Dieu dans la conscience de chaque homme est une condition nécessaire de la paix » (p.155).

 

Le rationalisme athée, vrai fanatisme

 

Si donc « l’État n’est pas en lui-même principe de vérité et de morale », sa finalité « ne peut pas non plus consister en une liberté vide de tout contenu. Pour établir un ordre sage et vivable pour la vie ensemble, il a au moins besoin d’une mesure minimale de vérité, de connaissance du bien, qui ne soit pas manipulable »; c’est hors de lui-même qu’il doit trouver cette mesure minimale et, en Occident, c’est « la foi chrétienne (qui) s’est affirmée comme portant la civilisation religieuse la plus universelle et la plus rationnelle » (p. 130-132), d’où le nécessaire dialogue à développer entre foi et raison, chacune ayant besoin de l’autre dans une juste distinction des ordres.

 

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On reproche souvent aux religions leur « fanatisme », mais c’est oublier que la « rationalité séculière » a engendré au XXe siècle les plus grands massacres de l’histoire : Benoît XVI plaide pour que la religion accepte la raison comme un organe de contrôle (chose naturelle au christianisme) et, en sens inverse, « il faut également rappeler à la raison quelles sont ses limites; elle doit apprendre à écouter les grandes traditions religieuses de l’humanité » (p. 177). Une pensée riche indispensable pour sortir la modernité de ses impasses.

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