Hélène Fillières : Esprit de corps

© Benjamin de Diesbach pour L’Incorrect

Resplendissante en Sandra Paoli dans la série Mafiosa, l’actrice et réalisatrice Hélène Fillières était passée une première fois derrière la caméra pour Une Histoire d’amour (2013), un essai en demi-teinte. Pourtant, c’est avec un film remarquable, subtil, éblouissant, qu’elle revient aujourd’hui à la réalisation: Volontaire, lequel a hissé les couleurs de notre enthousiasme. Rencontre.

Votre scène d’introduction présente un renversement de valeurs tout à fait saisissant: la bourgeoise n’est plus terrifiée à l’idée que sa fille devienne comédienne, mais la bourgeoise est elle-même comédienne et se trouve terrifiée à l’idée que sa fille s’engage dans l’armée…

Cette scène a failli ne pas exister, mais on me demandait les raisons de l’engagement de Laure. Or, ce n’est pas tant qu’elle va chercher quelque chose à l’armée, qu’elle va y découvrir quelque chose sans l’avoir clairement envisagé. Mais comme on me demandait d’expliciter sa démarche, j’ai décidé d’écrire une scène avec ses parents, qui me permettait de faire émerger la mère écrasante de Laure, jouée par Josiane Balasko. Pour la première fois, au cours de ce repas, elle va prendre une décision qui n’appartient qu’à elle-même.

Vous prenez à revers les clichés du cinéma sur l’armée, qui oscillent toujours entre la caricature méprisante ou l’entertainment simpliste.

De manière naturelle, je suis assez anticonformiste et j’aime tordre les clichés. On peut considérer que mon propos est sociologique et politique, qu’il consiste à montrer comment les fils de bourgeois, aujourd’hui, se rendent dans un lieu que leurs parents réprouvent et que ce lieu incarne précisément l’ordre et les valeurs. Mais pour ma part, j’ai essentiellement voulu faire dire à cette fille : « Laisse-moi tranquille, je fais mon propre choix, c’est le mien, et le bordel de ta vie, je n’en veux plus. »

Ça n’en reste pas moins une photographie précise de notre époque, puisque si ça pouvait paraître subversif de critiquer l’armée quand la majorité de la population était militariste, ce n’est plus le cas, et vous renversez la problématique.

Oui, je me reconnais tout à fait dans ce que vous dites. Le nombre de propos et d’appréhensions que j’ai pu entendre quant au projet de réaliser un film sur le milieu militaire sans dénoncer pour autant ce milieu ! C’est cette attitude que je trouve totalement rétrograde, réductrice, et qui date des années 70 : avoir comme seul nerf narratif la dénonciation. C’est le même problème en ce qui concerne la question de la femme dans l’armée, justement pour moi ce n’est (…)

A découvrir dans le nouveau numéro de L’Incorrect et en ligne pour les abonnés

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adewatrigant@lincorrect.org

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