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Le Huffpost a-t-il franchi la ligne rouge sexiste ?

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Huffpost - L'Incorrect

 

[qodef_dropcaps type=”normal” color=”red” background_color=””]L[/qodef_dropcaps]a question animait certaines rédactions dès le lundi 9 octobre au matin. Toujours attentive à ne manquer aucune information bien-pensante, la rédaction du Huffpost avait proposé un article surprenant la veille. La polémique risque-t-elle d’enfler ?

 

Le titre ? « La première Miss Monde en fauteuil roulant a été élue à Varsovie ». Il n’est guère fréquent qu’un média français propose à ses lecteurs un événement positif ayant lieu en Pologne. L’information concerne cependant directement la France. En effet, « la joueuse de football et mannequin française Nadjet Meskine a été élue Miss sourire ».

Pas de quoi fouetter un chat ?

Classer cette information dans la rubrique « divertissement » du magazine en ligne peut légitimement avoir choqué nombre de féministes, ou même des femmes simplement préoccupées de la défense de leurs droits. Ce choix a pu sembler maladroit à une partie du lectorat du Huffpost, mais aussi à une frange non négligeable des open space journalistiques parisiens – soucieux de ne pas laisser filtrer d’informations à connotation réactionnaire. Surtout au moment où Marlène Schiappa monte assidûment au créneau. Gageons que la Secrétaire d’État auprès du Premier ministre chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes ne tardera pas à tweeter au sujet de cette affaire – comme elle a su le faire au sujet de la PMA et des légumes OGM. Caractériser les femmes en fauteuil roulant, les femmes footballeuses, les femmes mannequins et/ou les femmes participant à une élection de ce genre en « divertissement » ne devrait sans doute pas faire autant de bruit. Un simple communiqué d’excuses d’Anne Sinclair suffirait à faire retomber un soufflé grossi à dessein par les réseaux sociaux, en particulier certaines activistes radicalisées de la féminosphère – sous-ensemble discret mais fortement actif de la désormais fameuse « islamo-gauchosphère ».

Y-a-t-il vraiment un loup au « Huff » ?

  

Les faits ? Ce dimanche 8 octobre 2017, le magazine publie dans sa rubrique « divertissement » un article élogieux sur la Pologne où « une compétition inédite s’est tenue samedi 7 octobre au soir à Varsovie » et « où 24 jeunes femmes de 19 pays ont concouru pour décrocher le titre de Miss Monde en fauteuil roulant ». Le fait que « les candidates ont comparu dans trois tenues différentes, costume national, tenue de cocktail et tenue de soirée » et de nombreux éléments de cette manifestation interpellent semble-t-il les observateurs. La question du « costume national », bien sûr – à l’heure où la question identitaire menace l’Europe. Il paraît en effet peu « divertissant », dans une Europe qui a appris à ses dépens combien le nationalisme c’est la guerre, de mettre ainsi en avant la défense de particularités identitaires nationales. Pire, nombre d’observateurs ont été choqués par le sexisme évident de la manifestation de Varsovie. Sexisme ? La compétition était réservée aux femmes. Ni hommes, ni transgenres, ni personnes non genrées ou a-sexuées n’ont été autorisés à concourir.

Le Huffpost a-t-il vraiment fait un éloge du sexisme ?

Outre cet aspect ségrégatif et discriminatoire du règlement de l’élection, le simple mot « femmes » a pu surprendre. Une telle manifestation n’aurait sans doute soulevé aucune polémique si elle avait été organisée dans un pays ne bafouant pas quotidiennement le droit des femmes. Par les limitations imposées au droit à l’avortement comme par le sexisme de ses gouvernants. Un sexisme régulièrement rappelé par les médias français, que souvent l’on suppose lié à l’influence de l’Église catholique. Du reste, le contexte polonais inquiète parfois plus les médias français et Madame Schiappa que le contexte du 9-3. Parmi les interrogations : comment peut-on encore élire en Pologne des « Miss Monde » ? Dans un monde où il n’y a plus de genres, sauf à vouloir continuer à en construire la mystification ? C’est cet aspect militant qui paraît perturber le plus d’observateurs. Un autre aspect a pu étonner : la manifestation semblait supposer que ses participantes ne seraient pas des femmes comme les autres.

La solution passe-t-elle par Paris et une médiation d’Anne Hidalgo ?

Une solution logique et simple était d’organiser une élection de Miss Monde réunissant tous les types de femmes (et de personnes humaines de toutes orientations sexuelles et sexuées) dans une ville et un pays à l’avant-garde de la lutte pour le droit des femmes, Paris par exemple, et d’accepter, enfin, que les candidates en fauteuil roulant puissent être des candidates parmi les autres femmes et personnes humaines de toutes orientations sexuelles et sexuées. Il est en effet incompréhensible qu’en plein XXIe siècle un homme ne puisse toujours pas devenir Miss Monde. Ce serait sans doute une manière moins discriminante de considérer la diversité de la famille humaine. Resteraient peut-être les éternels esprits chagrins et autres déclinistes ou conservateurs, lesquels verraient dans la simple existence de cette élection une sorte de mépris des femmes – un peu comme ces vitrines qui illuminent le droit des femmes dans la « rue rouge » d’Amsterdam. Mais l’époque n’est fort heureusement plus aux esprits chagrins, et un simple communiqué d’excuses du Huffpost à l’attention de toutes les femmes et non femmes de la planète, pour les maladresses de cet article, suffirait bien évidemment à faire retomber une polémique un peu exagérée. Même s’il peut sembler aussi peu bienvenu de décerner un prix « Miss sourire » à une femme que par exemple un prix « Grosses couilles » à un homme.

 

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