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[Idées] Christopher Lasch : grand-remplacer le progrès

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Publié le

26 septembre 2022

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Dans un essai éclairé et bienvenu, le journaliste Laurent Ottavi présente la pensée du sociologue américain Christopher Lasch, grand critique (de gauche) du progrès et célèbre pour avoir théorisé la sécession des élites occidentales d’avec leur peuple.
Lasch

Le journaliste Laurent Ottavi publie une introduction savante et bienvenue, qui manquait dans le champ éditorial, aux travaux du sociologue américain Christopher Lasch (1932-1994). Principalement connu en France pour La Révolte des élites, ouvrage dans lequel il montrait dès les années 80 comment une « minorité civilisée » (le « Parti du futur ») s’était progressivement détachée du peuple et de ses réalités profondes pour opérer un tournant progressiste et globaliste, Lasch est aussi un penseur fertile de la condition féminine (ses analyses vont à rebours d’à peu près toutes les thèses féministes), de la famille (dont il montre qu’elle ne pouvait pas être, n’en déplaise aux libéraux, un refuge immaculé de la morale dans un monde régi par l’intérêt) et de l’homme contemporain (ce Narcisse – ou Prométhée dépendant – qui, sans historicité ni vie intérieure, se croit libre alors qu’il est ballotté).

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Tous ces éléments, Ottavi les présente avec intelligence, finesse et concision, démontrant s’il le fallait encore à quel point Lasch fut un critique pointu, perspicace et intransigeant de l’idéologie du Progrès, lui qui, poussant à leur terme les mécaniques internes du capitalisme de masse, sut montrer en quoi celui-ci travaillait contre lui-même, au point d’en prophétiser la mort prochaine. Son alternative, c’est le grand soir populiste : chantre de la vie ordinaire, il rêve d’un peuple de petits propriétaires nourris à l’éducation populaire. Au fond, Lasch reste un homme de gauche et fait le pari messianique de la démocratie (pire encore, de la démocratisation de tout) comme promesse à achever véritablement. Et c’est bien là, comme tous les populistes, qu’il verse dans la mythification, car c’est bien le peuple qui concrètement a abandonné religion et famille, vieilles traditions et antiques vertus – au point désormais d’en ricaner – pour se jeter à corps perdu dans les chimères matérialistes. Foule d’aristocrates ou de héros ou de dieux : véritable contradiction dans les termes, c’est bien ce rêve démocratisant qui nous a menés au chaos.


Christopher Lasch face au progrès de Laurent Ottavi
L’Escargot, 284 p., 19€

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