Professeur de droit public et historien des idées, romancier et critique littéraire, Bernard Quiriny signe un essai des plus originaux, et parfaitement exécuté : nous introduisant dans un club de réflexion imaginaire, avec ses canapés de cuir, ses vestons et son cognac, il met en scène une conversation entre sociétaires pour présenter les fondements de la doctrine libérale. Écrit avec style, excellent sur le fond et drôle autant qu’il le faut, à mille lieues donc de toute rugosité universitaire, l’essai balaye des questions aussi diverses que l’État, la propriété privée, le régime politique, l’organisation du travail, l’impôt ou la définition de la liberté.
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Pour enrichir encore ce panorama, l’ouvrage – et c’est son grand intérêt – fait toute sa place à la grande diversité du libéralisme : pour chacune des questions abordées, et au détour d’une quinzaine de personnages représentatifs de sensibilités libérales bien particulières, l’auteur présente les grandes oppositions internes au mouvement (dont la plus significative entre jusnaturalistes et utilitaristes) et leurs perspectives argumentatives respectives, le tout accompagné d’abondants extraits des grands auteurs libéraux. Ce qui les réunit tous, c’est bien l’idée que chaque individu dispose du droit de commander à ses propres desseins en sa qualité d’homme responsable, qu’au fond il n’existe aucun gouvernement (Église, État, tradition, famille ou autre) assez légitime pour lui faire suivre une juste destination. Rien donc sur la communauté, ses traditions et sa pérennité ; rien encore sur le bien, le beau et le juste ; rien enfin sur l’honneur, la morale et la vérité. D’où la très juste analyse de Carl Schmitt : « Il n’y a pas de politique libérale sui generis, il n’y a qu’une critique libérale de la politique ».

Cerf, 352 p., 24 €





