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[Idées] Le peuple séparé

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Publié le

28 septembre 2022

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Par-delà leurs profondes différences, les récentes crises ont vu une partie de la population s’accaparer l’idée du peuple. Le philosophe Jean-Claude Milner y voit une partition de la souveraineté qui ampute fondamentalement le peuple de telle sorte qu’il y perd sa souveraineté.
gilets jaunes

Depuis 2017, la France traverse crise sur crise, chacune d’une ampleur relativement inédite dans son histoire récente, celle des Gilets jaunes et celle de l’épidémie de Covid-19. Quoique chacune d’un ordre différent, la première spécifiquement française, la suivante de dimension planétaire, elles ont suscité une interrogation sur la légitimité du pouvoir, et la façon dont il s’exerce par temps houleux, faisant apparaître une contestation au nom d’un peuple mal défini mais qui entendait bien être reconnu comme le seul à devoir disposer d’une souveraineté dont on l’aurait privé. C’est à partir de la relation de réversibilité entre les droits et les pouvoirs que Jean-Claude Milner examine ces deux crises, d’apparence étrangères l’une à l’autre, pour en faire la problématique d’une destitution du peuple que précipitent ceux qui s’en réclament confusément.

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Pour Milner, tout pouvoir procède d’un droit comme, par exemple, le pouvoir politique du peuple procède du droit de vote. Il existe donc en démocratie et en république – Milner distingue les deux – un entrelacement structurel entre ces deux notions dont l’exercice fait le peuple, c’est-à-dire l’ensemble des citoyens. Gilets jaunes et anti-pass, nonobstant leurs différences et même les nuances qui les séparent entre eux, ont eu pour point commun de s’accaparer l’idée du peuple, incarné non plus politiquement, mais sociétalement, en tant que groupe exclusif réclamant alors un pouvoir sans droit. Cette partition de la souveraineté, excitée par des politiques qui l’instrumentalisent quand ils ne l’augmentent pas de leur mépris, ampute fondamentalement le peuple de telle sorte qu’il y perd sa souveraineté, augurant alors d’un bouleversement inquiétant. Milner conclut : « Entre les errances du collectif et les ambitions des notabilités, entre les prétentions démesurées des corps intermédiaires et celles d’un Président aussi peu au fait de sa véritable fonction que l’étaient ses prédécesseurs et que le seront ses successeurs, disons le mot : la souveraineté du peuple est en danger ».


La destitution du peuple de Jean-Claude Milner
Verdier, 88 p., 7 €

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