Professeur à l’Université de Kent, Matthew Goodwin est l’un des rares universitaires du monde anglo-saxon à étudier sérieusement le phénomène populiste. Dans Values, Voice and Virtue, il situe les origines de la révolte qui a engendré le Brexit dans la montée d’une nouvelle élite diplômée, substantiellement plus progressiste et libérale que le peuple, à gauche comme à droite du spectre politique. Sous Tony Blair et David Cameron, les élites britanniques se sont coupées des valeurs majoritaires, ont privé les classes ouvrières d’une voix dans l’arène politique et ont imposé une vision étroite de la vertu sous la forme du politiquement correct.
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À l’aide de nombreux sondages, Goodwin démontre l’émergence d’un nouveau clivage entre cosmopolites et traditionalistes, axé sur les questions identitaires et sociétales, qui recompose les coalitions électorales de jadis. Dans le camp cosmopolite, on retrouve les diplômés, les jeunes et les minorités ; dans le camp traditionaliste, les non-diplômés, les vieux et les ouvriers. La victoire éclatante de Boris Johnson en 2019 fut donc possible grâce à une coalition traditionaliste de toutes les classes sociales, en rompant avec un certain libéral-conservatisme. La chute précipitée de Johnson a mis un frein à cette « contre-révolution », mais Goodwin croit que ce n’est que partie remise. Le mécontentement qui gronde devra bien trouver un débouché durable. Un ouvrage fascinant pour comprendre le cycle politique que traverse l’Occident.

Penguin Books, 272 p., 19,45 €





