Qu’est-ce au juste que la crainte, ce septième don de l’Esprit Saint aux définitions souvent insatisfaisantes ? Avec son sens habituel de la formule, le philosophe Martin Steffens propose dans cet essai une réponse édifiante et profonde. Confondue avec la peur au sens strict, la crainte en est bien une, mais dans un sens tout particulier : assumée, elle est une peur « qui ne craint pas d’avoir peur ». La crainte de Dieu n’est pas plus une vertu à acquérir : elle est un don de l’Esprit Saint, le premier de tous, car elle prédispose celui qui la reçoit au « vertige de l’abandon d’une créature à la providence de son créateur ». Par une « déprise » de lui-même, son récepteur consent à l’irruption de Dieu dans sa vie, Dieu qui, dans son rapport trinitaire même, fait le premier l’expérience de la crainte.
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En ce sens, le philosophe dira qu’elle est non seulement condition de tous les autres dons, mais condition de toute joie succédant à la prévenance de celui qui veut bien faire. Soulignant les paradoxes de notre société qui, ayant écarté le sacré, se vautre dans ses peurs, Martin Steffens reprend notamment l’analyse nietzschéenne qui associe disparition de la crainte au sens biblique et dégradation des mœurs. Splendide et nécessaire méditation qui rend urgent le passage de la peur à la crainte, du souci à l’abandon, de la fuite à l’ouverture.

Salvator, 172 p., 16,90 €





