Dans une conférence de presse hier Macron a annoncé le retrait progressif des troupes françaises présentes au Mali dans le cadre de l’opération Barkhane. Pouvez-vous rappeler rapidement ce qu’est l’opération Barkhane ?
Il faut bien se rappeler que l’opération Barkhane est la continuation de l’opération Serval. Cette dernière, lancée en 2013, a été très courte. Elle avait été mise en place au Mali uniquement pour sauver l’État malien d’une offensive djihadiste qui était sur le point de renverser le pouvoir de Bamako. Le président malien de l’époque avait appelé la France au secours, et François Hollande avait accepté de leur venir en aide pour éviter la propagation des groupes armés islamistes.
En 2014 Serval avait atteint son objectif, mais on s’est ensuite rendu compte que ça ne suffirait pas pour résoudre la situation au Sahel. On le savait déjà, mais il est devenu évident sur le terrain que la problématique était plus large, et qu’il fallait la traiter à l’échelle régionale.
Serval visait à préserver l’intégrité de l’État malien, Barkhane visait à combattre les groupements terroristes au Mali en priorité, et plus largement dans tout le Sahel
Serval visait à préserver l’intégrité de l’État malien, Barkhane visait à combattre les groupements terroristes au Mali en priorité, et plus largement dans tout le Sahel (Mali, Niger, Tchad, Soudan). C’était nécessaire car les islamistes n’ont aucune considération pour les frontières.
L’opération a basculé dans ses objectifs, et aussi dans son format. Il a fallu ajouter du monde et des moyens sur une zone d’opération bien plus vaste. Barkhane n’a fait que croître en volume, de 3000 à 3500 hommes, et aujourd’hui nous sommes à plus de 5100.
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Peut-on considérer que c’est une réussite, ou ce retrait est-il plutôt le signe que la présence française a été inefficace ?
L’opération est en partie efficace. Elle s’en prend aux groupes terroristes, les limite dans leur liberté d’action, il y a des succès militaires, mais elle ne parvient pas toutefois à les éradiquer complètement. On a beau changer de stratégie, la menace islamiste se régénère toujours très vite et on passe notre temps à recommencer. Il y a des victoires militaires, sans victoire totale.
L’opération Barkhane n’a globalement pas réussi à apaiser la situation sur le plan politique et diplomatique. La gouvernance des pays du Sahel est toujours très erratique, la situation des populations ne s’améliore pas franchement.
A propos de gouvernance erratique, le choix de mettre fin à l’opération est-il lié aux derniers événements au Mali et au Tchad ?
Face à l’enlisement relatif de l’opération Barkhane, face aux difficultés à embarquer avec nous nos partenaires européens, face aux difficultés à mettre en mouvement les armées locales, on envisageait déjà depuis un certain temps de réduire la voilure. Récemment le président du Tchad s’est fait tuer, soi-disant au combat, et a été remplacé par des militaires, et le Mali a subi un coup d’État encore récemment.
C’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase, et ça influence certainement le choix de retirer la présence française dans ces pays, au moins tant que les gouvernants n’auront pas manifesté la volonté de régler leurs problèmes politiques
Ça fait deux changements majeurs dans les deux pays les plus importants du Sahel. C’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase, et ça influence certainement le choix de retirer la présence française dans ces pays, au moins tant que les gouvernants n’auront pas manifesté la volonté de régler leurs problèmes politiques.
On réduit la présence française sans pour autant se retirer totalement, et Macron a aussi annoncé qu’il comptait sur l’aide internationale. Peut-on vraiment compter dessus ?
Pour Barkhane il y a toujours eu une aide de la part des États partenaires. Les États-Unis ont mis à disposition des drones, les alliés européens ont proposé des avions de transport ou des hélicoptères. Mais tout cela n’est rien de très conséquent. Il a été décidé il y a environ un an qu’on allait monter en complément de Barkhane un contingent de forces spéciales avec des militaires africains et les forces spéciales européennes qui voudraient y contribuer. On l’a appelé la Task force Takuba.
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Il s’agissait de mettre fin officiellement à Barkhane. Cette opération sera terminée, mais en va conserver voire renforcer le plot des forces spéciales déjà sur place.
Selon moi, c’est surtout un effet d’annonce. Ça va être très long de démonter cette opération.
La stratégie est de retirer le gros des troupes – la moitié des effectifs d’ici 2023 – tout en maintenant un rôle d’appui fort, quelques avions de chasse, quelques avions de transport, etc.
Selon moi, c’est surtout un effet d’annonce. Ça va être très long de démonter cette opération. Rappelons-nous du temps que ça a pris en Afghanistan, 10 ans entre l’annonce de Sarkozy et le retrait définitif des troupes. Il faut être prudent, retirer 2500 hommes en deux ans, c’est très ambitieux. C’est une grosse machine, on a construit des bases, on a déployé toutes sortes de structures. Pour tout rapatrier ça prendra du temps. À un an de la présidentielle, le but pour Macron est de montrer qu’il prend des initiatives ambitieuses.





