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Un soldat grec : « Il y a eu, de mon point de vue, une tentative d’invasion »

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Publié le

14 août 2020

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Alexandre (le prénom a été changé pour des raisons de sécurité) est un jeune Franco-grec qui a récemment effectué son service militaire dans l’armée hellène. Il s’est de ce fait retrouvé confronté aux migrants qui tentent d’envahir l’Europe avec la complicité du pouvoir turc. Un témoignage capital à l’heure où Erdogan se montre de plus en plus menaçant.
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Vous avez défendu la frontière grecque à Alexandroupoli contre l’invasion migratoire en début d’année, partant la frontière commune européenne. Comment un jeune français peut-il se trouver dans une telle situation ?

Je suis né en France, mais ma mère est grecque. J’ai partagé ma jeunesse entre la Grèce et la France, me considérant Grec de sang et Français de culture. J’ai donc dû effectuer mon service militaire, à l’image de tous les autres Grecs. Lors des événements de mars dernier à la frontière, soucieux de protéger au mieux ma patrie, je me suis porté volontaire pour aller dans la région d’Evros.

La Turquie d’Erdogan a-t-elle ouvertement manœuvré contre la Grèce durant cette période trouble ? Avez-vous constaté des actes manifestes avec vos camarades chargé de la protection de cette frontière stratégique ?

La Turquie a toujours ouvertement manœuvré contre la Grèce, violant notre espace aérien quasiment quotidiennement. Aujourd’hui elle s’en prend encore à nous, en envoyant sa marine, sans autorisation, dans nos eaux territoriales pour faire des recherches en vue de l’exploitation de de pétrole et de gaz.

Lors des événements a la frontière, la Turquie a été fidèle à elle-même. Nous avons eu droit à des jets de gaz lacrymogène presque tous les jours, ainsi que des insultes et des provocations constantes de la part de leurs Forces spéciales depuis leurs « semi-rigides » dans le fleuve qui sépare les deux pays.

Il a été dit que l’armée turque avait tenté de faire tomber une barrière à la frontière ? Est-ce vrai ?

En effet, j’en ai été moi-même témoin. La Turquie (je ne saurais pas dire si c’était l’armée ou la police) a déployé un véhicule léger blindé, attaché une corde à une clôture qui sépare les deux pays et essayé de la détruire en tirant avec le véhicule. C’était très impressionnant d’être le spectateur d’une telle scène. Il y a eu, de mon point de vue, une tentative d’invasion.

La Turquie est un pays belliqueux… Une mort accidentelle aurait donc pu déclencher une riposte disproportionnée.

D’où venaient les migrants ? S’agissait-il de familles, de jeunes hommes seuls ? Se montrent-ils parfois violents ?

J’ai vu en tout et pour tout cinq familles. Pour l’essentiel, cette marée humaine était composée d’hommes adultes, venant de régions différentes : Maghreb, Afrique subsaharienne, Moyen-Orient, etc. Ils étaient pour certains indéniablement violents. Nous nous trouvions souvent sous une pluie de pierre jetée depuis le côté turc. Je ne les ai d’ailleurs pas vus seulement à la frontière. Car, au début de mon service militaire, j’ai été affecté dans un camp militaire à Chios, île qui se trouve à 16 kilomètres de la Turquie. J’ai assisté à plusieurs accostages par des embarcations remplies d’immigrés clandestins. Elles étaient remplies d’hommes. Je les voyais aussi se cacher devant nos Jeep lors de nos déplacements.

Avez-vous eu peur de devoir faire usage de votre arme ? Une mort accidentelle aurait-elle pu provoquer un grave incident diplomatique ou le déclenchement d’un conflit armé ?

Peur de devoir utiliser mon arme ? Non, pas une seule fois. Lorsque je l’ai utilisée pour des tirs de sommation, j’ai toutefois été impressionné et marqué par l’expérience. Malheureusement, je ne peux répondre à cette question avec certitude. La Turquie est un pays belliqueux… Une mort accidentelle aurait donc pu déclencher une riposte disproportionnée.

Comment envisagez-vous la suite des évènements ? L’Europe doit-elle venir en aide la Grèce ?

 La Grèce doit continuer à s’armer ! Elle doit maintenir son service militaire et ne pas laisser sa souveraineté être piétinée. Elle doit aussi poursuivre et renforcer ses démarches diplomatiques, comme en témoigne l’accord passé avec l’Égypte dernièrement. Quant à l’Europe, je ne pense pas que l’Allemagne, qui fait amie-amie avec la Turquie, agira. Si, cependant des pays décidaient de nous venir en aide, nous en serions évidemment heureux.

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