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Invasion de l’Ukraine : le complexe du vassal

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Publié le

5 mars 2022

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Face à l’agression brutale de l’Ukraine par la Russie, un certain nombre d’acteurs du débat politique en France semblent encore persuadés que le temps est encore à la négociation avec Vladimir Poutine. Mais la négociation a-t-elle la moindre valeur à ses yeux ?
UKRAINE

« On ne négocie qu’entre seigneurs, jamais avec un vassal ». Cette phrase prononcée par Éric Zemmour lors de son « meeting de la paix » à Chambéry, au lendemain du déclenchement des opérations militaires russes en Ukraine, est si symptomatique de la fascination viriliste entretenue pour Vladimir Poutine par une partie de la droite française qu’elle pourra lui servir d’épitaphe politique.

Il n’y a pas, c’est entendu, qu’une poutinolâtrie de droite en France. Celle de gauche se porte assez bien aussi, mais venant du camarade Mélenchon, ancien admirateur d’Hugo Chavez, qui nous vantait les mérites de Sputnik et d’un mystérieux vaccin cubain, au plus fort de la pandémie de coronavirus, elle surprend moins. Au sein de la droite supposément « nationale » ou « patriote », le fan-club de Vladimir a des raisons moins programmatiques pour serrer les rangs et les fesses de façon aussi tenace. Une vision désespérément romantique de l’histoire pour certains, et dans d’autres cas, un intéressement direct (moins avouable et plus rare on l’espère) qui aura tendance à s’amenuiser à mesure que les finances russes vont se tarir.

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Mais l’argumentaire principal des poutinolâtres « pragmatiques », à savoir le réalisme politique, ne tient pas deux secondes en revanche. Il n’y a rien de pragmatique, ni de réaliste, ni de lucide dans la position défendue par celles et ceux qui prétendent encore aujourd’hui trouver des excuses à Vladimir Poutine et appellent, la main sur le cœur, à négocier dès que possible avec le maître du Kremlin.

On leur rappellera tout d’abord que négocier, c’est bien ce que tout le monde a tenté de faire depuis le début de cette crise. Les mêmes qui appellent aujourd’hui à conclure au plus vite la paix avec le président russe reprochaient encore il y a quelques jours à Emmanuel Macron d’avoir passé trop de temps à négocier avec l’autocrate de Moscou. Zemmour et Mélenchon ont même eu le culot de prétendre que s’ils s’étaient trompés en annonçant qu’il n’y aurait jamais d’invasion de l’Ukraine par la Russie, c’est parce que le gouvernement français leur avait laissé croire que tout allait s’arranger.

On joue à guichets fermés au bal des faux culs et la plus belle danse nous a sans doute été offerte par Éric Zemmour qui n’a rien trouvé de mieux à faire que de proposer la médiation de Nicolas Sarkozy et Hubert Védrine pour aller jouer les pèlerins de la paix à Moscou. Valérie Pécresse, plus sectaire, s’est contentée de proposer le nom de Sarkozy, voyant sans doute là l’occasion d’aller quémander auprès du père spirituel de la droite branquignole de bien vouloir enfin adouber sa campagne ratée. Védrine a clos le débat en qualifiant l’initiative de « débile », et on ne saurait mieux conclure.

Face à un ultimatum si clair, voilà nos patriotes d’hier prêts aujourd’hui à toutes les renonciations pour ne pas froisser le maître du Kremlin

Nicolas Sarkozy n’a même pas pris la peine de répondre. Lui sait sans doute mieux que personne qu’en 2008, on l’a appelé à Moscou pour venir ranger les cotillons et les gobelets après la fête et donner sa bénédiction à Poutine pour annexer l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud. Il en a marre, Sarkozy, qu’on vienne lui demander de donner sa bénédiction pour n’importe quelle connerie, alors il finit par ne plus répondre du tout. On le comprend.

Mais que veulent exactement toutes ces muses poutinophiles devenues soudain colombes de la paix ? Réalisent-elles que Vladimir n’a que faire de ses propositions de « négociations » et que celui qui vient de lancer une invasion à grande échelle ne négociera que quand il sera certain d’avoir fait plier l’Ukraine pour de bon ?

Il est devenu en réalité impossible de discerner quoi que ce soit de censé dans les incohérences de ces patriotes qui se targuent d’être « pragmatiques » mais qui sont incapables de comprendre avec quelle simplicité et quelle clarté Vladimir Poutine vient de poser les termes de la nouvelle situation géopolitique : « Vous ne pouvez pas vous opposer directement à moi, car vous ne pouvez pas être sûrs de savoir où peut nous mener mon chantage nucléaire. Vous êtes donc condamnés à assister impuissants à l’écrasement et à la mise au pas de l’Ukraine en attendant que nous entrions tous dans une nouvelle guerre froide ».

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Face à un ultimatum si clair, voilà nos patriotes d’hier prêts aujourd’hui à toutes les renonciations pour ne pas froisser le maître du Kremlin. Livrer des armes à l’Ukraine ou accueillir les réfugiés de ce pays écrasés sous les bombes russes semblent encore trop dangereux pour ces moralistes qui, hier, n’avaient que les mots de « grandeur » et de « France » à la bouche et qui, aujourd’hui, sont prêts à disparaître sous le paillasson pour ne pas vexer Moscou.

Ils n’ont pas compris, ou ne veulent pas comprendre, que nous sommes dans le même temps réduits à l’impuissance et à la fermeté. Si l’Europe, méprisée par Poutine, joue l’indignité et la bassesse, comme ces réalistes le réclament, cela ne pourra que convaincre notre nouveau Staline de pousser plus loin encore son avantage, jusqu’à la Moldavie, la Pologne ou les Etats Baltes cette fois.

Face à un ennemi aussi clair dans ses intentions et aussi brutal dans ses actes, la moindre des choses est de ne pas se comporter en vassal

Ceux qui proclament aujourd’hui qu’on ne doit pas envoyer de soldats français mourir pour l’Ukraine – ridicule affirmation puisque personne ne parle de cela – n’ont pas compris non plus que si l’Europe ne peut intervenir en Ukraine, elle a du moins tout intérêt à réapprendre au plus vite le langage de la puissance qu’elle a si longtemps négligé pour parler ferme au maître du Kremlin. Sans quoi, nous risquerions de voir demain des soldats français mourir pour de bon, afin d’empêcher l’ours russe d’étendre un peu plus les pattes à l’est de notre bonne vieille Europe.

Tous ceux, ou celles, qui réclament encore aujourd’hui que l’on « comprenne les raisons de Vladimir Poutine » ou que l’on veuille bien considérer les « intérêts vitaux » de la Russie auraient certainement eux-mêmes tout intérêt à comprendre que, pour une bonne partie des Français, l’Ukraine n’est pas un pays lointain livré à une guerre qui ne les concerne pas.

Vladimir Poutine n’est pas un simple chef d’État qui « défend ses intérêts ». Il représente une menace et se comporte en ennemi. Et face à un ennemi aussi clair dans ses intentions et aussi brutal dans ses actes, la moindre des choses est de ne pas se comporter en vassal.

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