Islam, christianisme, laïcité… Rémi Brague et Pierre Manent débattent. Partie 1

© Benjamin de Diesbach pour L’Incorrect

C'est le débat qui devait enfin avoir lieu. Deux ans après la publication polémique de Situation de la France, où Pierre Manent appelait à imaginer un nouveau rapport avec les Français musulmans, son collègue et ami Rémi Brague, lui répond. Dialogue de géants. Michel Houellebecq a déclaré récemment au Spiegel que résoudre le problème de l’islam en France impliquerait que le catholicisme devienne la religion d’État. Qu’en pensez-vous ? Pierre Manent : L’idée me paraît fondamentalement juste. Non pas que le catholicisme soit reconnu comme religion d’État, cela personne n’y songe sérieusement, mais que le rôle de la religion catholique dans l’histoire de la France, mais aussi dans la vie sociale du pays, dans la conscience du pays, soit reconnu dans des formes publiques. Or, depuis trente ans, nous avons convenu d’entériner le gros mensonge selon lequel il n’y a pas de problème musulman en postulant qu’il ne peut y avoir chez nous de problème posé par une religion puisque nous avons trouvé la solution à tous les problèmes de cette sorte : la laïcité. En réalité, selon qu’il y a quelques centaines de milliers de musulmans ou dix millions, selon que les églises catholiques sont pleines ou vides, la société sera radicalement différente, même si le régime de laïcité n’a pas changé. Nous nous sommes rendus prisonniers d’une définition beaucoup trop restrictive du régime français en le réduisant à la laïcité. Nous devons élargir notre conscience de nous-mêmes, et dans cet élargissement faire une place adéquate au catholicisme qui joue un si grand rôle dans l’histoire et la conscience de la France. Bien entendu cela ne peut pas prendre une forme institutionnelle ou constitutionnelle, et c’est là que la proposition de Houellebecq passe les bornes du raisonnable politique, comme il le sait fort bien. Ce serait un élément essentiel pour donner physionomie et consistance à la communauté qui accueille les musulmans. Ceux-ci ont une conscience collective très forte de leur religion, qui nourrit des affects sociaux, des mœurs partagées extrêmement prégnantes. On ne peut leur donner pour seule destination (...)
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Rédacteur en chef

jdeguillebon@lincorrect.org

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