C’est la rencontre de deux mélancolies. Celle des couleurs automnales du dessinateur Jacques Terpant avec celle des mondes bleus perdus de Jean Raspail. Le croisement de deux maîtres de l’onirisme, inventeurs d’espaces gigantesques par la plume : ou trempée dans la gouache, ou trempée dans l’encre. Des maîtres qui nous libèrent de ce corset infernal qu’on appelle la vie et qui n’est en réalité que sa singerie, les villes modernes, leur grisaille, leur enfermement, leur limite. Car le vrai conservateur est le seul aventurier, de la meilleure aventure, la gratuite, la libre, la noble, qui s’ouvre des horizons inconnus seulement parce qu’ils sont déjà contenus dans son intérieur.
Donc, d’abord, « sept cavaliers quittèrent la ville au crépuscule par la porte de l’ouest qui n’était plus gardée » et aussitôt la chevalerie renaquit : de ces hommes pleins de sens du devoir, absurdes paladins comme aurait dit Aragon, que Jean Raspail a fait héros déserteurs et quêteurs de confins, Jacques Terpant, merveilleux bédéiste, tire des images sans égales, qui font rêver les enfants et tous ceux qui ont décidé de le rester ou que la fatalité a fait rester tels : bref, tous ceux qui ont envie de mourir pour rien sinon la conservation d’un monde d’avant que l’époque abolit.
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Ensuite vint le Royaume de Borée, autre frontière, au nord-est, entre Lituanie et Russie où les cadets Pikkendorff vont s’illustrer durant cinq générations, liés qu’ils sont aux étranges habitants des forêts primaires et inexplorées : encore l’occasion pour Terpant de déployer son pinceau dans des tons crépusculaires et hiémaux, là où finit la civilisation et commence l’espérance d’autre chose.
C’est la rencontre de deux aventures : celle du grand maître Jean, en allé le printemps dernier vers de nouveaux rivages, et celle de Jacques Terpant, vivant signal d’une vie plus intense et plus colorée qu’on pourrait enfin rencontrer. Six BD qui entrèrent dans la ville au crépuscule.

Éditions Delcourt, 176 p., 28€50

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