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Jean l’apostat

Le romancier Patrice Jean (lauréat du prix de L’Incorrect 2019) revient avec un grand roman d’apprentissage posant cette question brûlante : vivre en poésie est-il encore possible au XXIe siècle ? Oui, semble-t-il répondre, à condition de renier l’époque. Entretien avec un apostat.

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© Benjamin de Diesbach pour L'Incorrect

C’est la poésie qui incarne l’idéal que poursuit votre héros, comme état de grâce et comme genre littéraire. Quel est votre rapport personnel à la poésie ?

À l’adolescence, quand on découvre la littérature, la poésie occupe souvent le haut-rang de nos préférences. Comme beaucoup, j’ai lu fiévreusement, à cet âge, Baudelaire ou Rimbaud, Laforgue ou Nerval, etc. Plus tard, au moment d’écrire, il faut trouver sa forme littéraire. J’ai écrit quelques poèmes, sans persévérer. Le roman, longtemps en concurrence avec les autres genres, s’est imposé. C’est pourquoi je n’ai jamais totalement souscrit aux critiques violentes de Gombrowicz, Kundera et Muray contre la poésie. Certes, le lyrisme est souvent creux, les rimailleurs légions et le snobisme irrécusable, mais si on dépasse ces dangers-là il n’y a aucune raison de mépriser la poésie. Le poème fixe un instant, une sensation, une tristesse ; le roman les disperse dans une totalité plus large.

Quel est votre jugement sur la poésie contemporaine ?

Je connais des poètes contemporains, mais je ne me risquerai pas à porter un jugement sur la poésie contemporaine. Qu’il existe des poètes comme Barbarant ou Cornière, par exemple, prouve que la poésie est vivante. À L’Incorrect, vous connaissez Gwen Garnier-Deguy (et son captivant Alphabétique d’aujourd’hui). La poésie s’insinue dans les romans, dans certains journaux intimes, des essais, des nouvelles, des chansons. Dès lors que le vers s’est libéré des contraintes de la prosodie, ne mesurant plus ses pieds ou se dissolvant dans la prose, il était couru d’avance que la poésie risquait la disparition. Pourtant elle tient encore, mais sans beaucoup de lecteurs.

Y a-t-il un lien entre la disparition de la poésie comme genre et la dépoétisation de l’environnement ?

Il est possible, en effet, que l’indifférence pour la beauté de la nature ou des villes (on les couvre d’immondices) rejoigne le désintérêt pour la poésie. Si l’on n’éduque pas à la beauté, on se retrouve avec des individus uniquement préoccupés de confort. C’est l’âme qui s’atrophie, donc la poésie. Je radote mais j’aimerais dire, une fois encore, que le triomphe de la science (admirable par certains côtés et lui-même, par d’autres côtés, poétique), ce triomphe, donc, se fait, en partie, contre la perception littéraire du monde. Il n’est pas étonnant que les transhumanistes ne veuillent augmenter l’homme que par son cerveau : la sensibilité (la poésie) est une affaire de vie, de longueur de temps. [...]

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