Curieux livre : Emmanuel Cattin, professeur de métaphysique à la Sorbonne, lit l’évangile de Jean. Mélange des genres? Peut-être, mais il se pourrait aussi que le quatrième évangile concernât essentiellement la philosophie, dont il partage la langue. Jean pense avec les mêmes concepts que la philosophie : logos, aletheia, cosmos, pneuma, etc. Dès lors, il faut, en philosophe, lire Jean, attentivement, interroger le sens de ses affirmations parfois énigmatiques, et voir les déplacements conceptuels qu’il opère : la vérité est une personne, de qui témoignent divers témoins et qui témoigne pour elle-même ; le monde est le lieu de la venue et de la manifestation de la vérité, mais il ne la reconnaît pas; l’esprit, donné sans mesure au monde, le recouvre, renverse son règne et conduit dans la vérité toute entière ; le temps est polarisé par une mystérieuse heure, à la fois présente et à venir; le seigneur est le serviteur, et sa mort, qui nous révèle son amour jusqu’au bout, coïncide avec sa glorification.
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Au plus près du texte grec qu’il ne cesse de retraduire et nourri d’exégèse, d’Augustin à Bultmann et Ratzinger, Emmanuel Cattin fait face aux difficultés d’interprétations, et l’acuité de son regard nous indique progressivement ce qui se donne dans cette pensée autrement grecque. Il apparaîtra que la profondeur théologique du texte évangélique n’a d’égale que sa précision conceptuelle – et que la révélation ne laisse sans doute pas indemne la philosophie.

Vrin, 160 p., 12€





