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Jean-Marie Le Mené : « Ils veulent créer un post-humain entre l’homme et la machine »

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Publié le

22 mars 2021

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Des laboratoires sont parvenus à créer, in vitro, des embryons semblables à des embryons humains. Une prouesse technique effectuée à partir de cellules souches. Mais cette création sans procréation n’est pas sans poser des questions. Jean-Marie Le Mené, président de la fondation Jérôme Lejeune, alerte sur les risques de telles manipulations. Entretien.

Pourriez-vous d’abord nous expliquer quelle manipulation scientifique a été commise ?

Il s’agit de fabrications d’embryons avec des cellules embryonnaires, des cellules iPS ou encore d’autres cellules du corps humain. Ces assemblages de cellules seront des modèles pour des scientifiques qui pourront les utiliser pour faire des expériences. « L’avantage » de cette nouveauté c’est qu’on ne les qualifierait plus à proprement parler d’embryons. On parlera d’agrégations de cellules qui donnent des corps embryoïdes. De ce fait, les techniciens pourront dépasser le délai de 14 jours imposé par la loi pour examiner les embryons in vitro et pratiquer des recherches. Mais si ces organismes sont dotés des cellules précurseurs des feuillets embryonnaires, il s’agit bien de fabrication d’embryons. Et c’est interdit. Il est interdit de fabriquer des embryons pour la recherche. On peut en fabriquer pour la réimplantation, ce qu’on fait tous les jours pour la PMA, mais fabriquer des embryons uniquement pour des expériences est interdit.

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Les chercheurs veulent « bricoler » ces embryons. C’est ce qui est proposé dans la loi de bioéthique à venir. Ils appellent ces créations des « agrégation de cellules souches embryonnaires [ou d’IPS] avec des cellules précurseurs de tissu extra-embryonnaire ». Le comité d’éthique de l’INSERM les nomme aussi « modèles embryonnaires à usage scientifique », des « MEUS ». À notre avis, c’est tout à fait coupable s’ils mettent dans cette culture les cellules qui permettent aux embryons de créer les feuillets embryonnaires développant les différents organes humains. Si ces cellules sont là, elles peuvent tout à fait créer de vrais embryons. Ces corps embryoïdes sont même indistingables des embryons humains issues de la fusion de gamètes.   

Quel sont l’objectif et les applications de telles recherches ?

Le motif invoqué c’est de développer la recherche embryonnaire sans avoir besoin d’utiliser d’embryons humains destinés à la PMA. Il faut toujours avancer un argument moral quand on transgresse. L’autre explication c’est de vouloir faire des expériences sur le développement embryonnaire en modifiant l’embryon, en enlevant ou rajoutant un gène. C’est ça ce qui se fait déjà sous le manteau aujourd’hui. Ces modifications transgéniques sont interdites à la réimplantation. Imaginez si ces embryons se développent et développent une descendance, on entre dans un champ totalement non maîtrisable ! La troisième explication, c’est de cibler les molécules qui peuvent servir dans l’industrie pharmaceutique avec des modèles embryonnaires qui auront telle ou telle maladie. On va donc créer ces embryons qui serviront à tester les traitements pour les laboratoires, ce qui est parfaitement inutile parce qu’on peut le faire sur d’autres modèles qui ne présentent aucune difficulté éthique.

C’est une volonté de la technoscience d’être capable de fabriquer l’avenir de l’humanité, de dessiner l’homme de demain. C’est un projet démiurgique !

Quelles en seraient les potentielles dérives ?

C’est le transhumanisme. Ce serait de modifier l’espèce humaine en l’améliorant, en la performant. On nous dira que, pour éviter les maladies, on fabriquera des embryons plus résistants. Nous ne sommes pas contre l’amélioration de capacités, la réparation, mais quand il s’agit de modifier l’espèce humaine c’est une dérive. C’est une volonté de la technoscience d’être capable de fabriquer l’avenir de l’humanité, de dessiner l’homme de demain. C’est un projet démiurgique ! Selon ces idéologues, l’objectif de la médecine et de la recherche ne doit plus être de traiter l’humain, mais de créer le post-humain avec des frontières très floues entre l’homme et la machine, l’homme et l’animal. Toute la littérature transhumaniste va dans ce sens. 

N’allons-nous pas vers une artificialisation de la procréation ?

Absolument. La procréation est vouée dans un avenir proche à devenir une activité réservée aux spécialistes. La procréation sera quelque chose de trop sérieux pour la confier aux couples. Elle sera confiée à des techniciens et l’activité sexuelle ne sera plus qu’une activité ludique ! Le biologiste Jacques Testart le dit déjà depuis quelques années. Ce sera une responsabilité citoyenne que l’on fera reposer sur les épaules des gens. On leur demandera d’être de bons citoyens en triant leurs ordures ménagères et en confiant leur reproduction à des spécialistes. Tout cela évitera de procréer des « imparfaits », ce sera le monde moderne ! Les gens qui procréeront naturellement créeront des risques, des souffrances et des coûts. Nous maîtriserons ainsi les flux démographiques et l’assurance maladie. Et c’est ce vers quoi on va. Il n’y a déjà plus du tout de critiques concernant la PMA qui est responsable de ces dérives, en fait il n’y a plus de réflexion bioéthique.

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