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Son franc-parler, par exemple, est un régal pour son camp lorsqu’il déclenche une frappe d’artillerie sémantique sur un plateau-télé. Mais il devient défaut, lorsqu’après sa défaite aux législatives de 2017 il répond laconiquement « Con » à tous ceux qui se rient de lui sur Twitter. Il avait en milieu de soirée twitté : « Ce soir je tombe les armes à la main. Mais je reviendrai et je vaincrai. En attendant, je prie le Tout-Puissant pour qu’Il protège la France ». Gazouillement qualifié de « mi-guerrier mi-religieux » par France info. Mais surtout, un vocabulaire de chrétien d’Orient.
Un de ses premiers souvenirs du pays de Molière est la consigne de ses parents de ne s’exprimer qu’en français dès lors qu’un Messiha sort de chez lui. Pourquoi ? « Imagine que tu es un Français, et que ton voisin japonais dans le métro ne parle que dans sa langue. Tu ne comprends rien, au bout d’un moment ça devient désagréable », s’entend-il rétorquer par son paternel. Leçon retenue.
Jean Messiha naît au Caire en 1970, dans une famille copte. Par prudence de chrétien en cette terre islamique, ses parents le nomment Hossam et le baptisent Jean. Un prénom qu’il va s’approprier librement lors de sa naturalisation en 1990. Le chemin qu’il a emprunté pour s’assimiler à la France des années 80 lui était familier. Il en avait parcouru une partie jadis lorsque son père avait occupé son premier poste de diplomate égyptien en Colombie : « À l’époque, je parlais espagnol comme un petit colombien ». Un de ses premiers souvenirs du pays de Molière est la consigne de ses parents de ne s’exprimer qu’en français dès lors qu’un Messiha sort de chez lui. Pourquoi ? « Imagine que tu es un Français, et que ton voisin japonais dans le métro ne parle que dans sa langue. Tu ne comprends rien, au bout d’un moment ça devient désagréable », s’entend-il rétorquer par son paternel. Leçon retenue. Messiha père vient de haute-Égypte, c’est-àdire géographiquement celle du bas. Une particularité qui va aider son fils lorsqu’il s’agira de situer Mulhouse dans son département du Haut-Rhin, lorsqu’il y arrive en 1978.
« À l’époque, j’ai été frappé par la propreté des rues. Quand on arrive du Caire et qu’on a vécu à Bogota, la France paraissait incroyablement propre ». Le premier jour d’école, il ne parle pas un traître mot de français, et la maîtresse lui apprend le B-A BA à partir de la première récréation. Lorsqu’il réussit le concours de l’ENA, promotion Romain Gary 2003-2005, la demoiselle était devenue madame, et il lui faudra beaucoup de temps pour la retrouver puis la remercier. Qu’importe : quand on devient français, on doit devenir courtois.
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L’ENA a d’ailleurs failli avoir raison de son mariage. Tout heureux d’avoir envoyé les faire-part pour le 3 novembre 2003, il apprend que c’est exactement le jour de son grand oral. La belle-famille et les invités râlent. On repousse au 13 novembre. Grand oral réussi, épreuve de sport, programmée… le 13 novembre. La belle-famille commence à gronder. Jusqu’au moment où un cousin de la fiancée, patron de Danzas au Moyen-Orient, apprend qu’elle va épouser un énarque, et engueule cordialement la famille.
Désormais il travaille à Balard, quartier où le centre de commandement de l’arme nucléaire de la sixième puissance mondiale est à portée de vue d’une zone de deal que la police n’est pas capable de nettoyer. La France et pas n’importe laquelle, celle d’Emmanuel Macron.
« Quand les enfants de 68 arrivent au pouvoir, on n’entend plus parler du soir au matin que des crimes de la France. Pour moi qui aimais ces gens, c’était incompréhensible ». De cette incompréhension finit par naître une indignation, puis une révolte.
L’enfance puis l’adolescence de Jean Messiha contiennent en filigrane celle des années Mitterrand, et une équation impossible : comment ce peuple si gentil, si riant, si accueillant au milieu duquel il vit, peut-il être ce peuple de lâches et de bourreaux, de collabos et de délateurs que conspuent en permanence ses élites ? « Quand les enfants de 68 arrivent au pouvoir, on n’entend plus parler du soir au matin que des crimes de la France. Pour moi qui aimais ces gens, c’était incompréhensible ». De cette incompréhension finit par naître une indignation, puis une révolte.
Jean Messiha sort du bois en 2016 comme porte-parole des « Horaces », ce groupe de hauts fonctionnaires gravitant autour du FN. Il ne tarde pas à prendre une place dans le parti de Marine Le Pen, fort de sa popularité incontestable auprès des militants. Aujourd’hui il est délégué national pour les études et argumentaires, mais piaffe d’impatience : « Je suis simplement une personnalité publique, et j’aspire à devenir une personnalité politique, c’està-dire avec un mandat ».
À sa manière, il veut apporter sa pierre à la France et son pavé dans la gueule de ceux qui lui veulent du mal. Sa manière : toujours tiré à quatre épingles et sartorialement irréprochable, il balance à cadence soutenue des saillies verbales sanglantes, dans une jouissance assumée, une modestie que tout le monde n’a pas. De toute façon, « je suis un arabe, et j’assume regretter l’assimilation à la dure, qui était finalement un accélérateur pour l’intégration. C’est trop facile : je suis un bug dans leur logiciel ».
Louis Lecomte
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