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Jean-Yves Camus : « C’est la droite gaulliste qui a une histoire forte avec la Russie »

La guerre en Ukraine aurait-elle révélé les complaisances de la droite à l'égard de Vladimir Poutine ? Politologue spécialiste de la droite française, Jean-Yves Camus analyse la séquence politique et dissèque la teneur de ses rapports avec la Russie.

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Quel regard portez-vous sur les prises de position des candidats de la droite française à propos de la guerre en Ukraine ?

Marine Le Pen a été la plus rapide à exprimer une position en contre-pied de la précédente. Elle a été la plus rapide à la fois sur le fait de nommer l’agresseur et sur la question des réfugiés. Éric Zemmour a trop tardé, et il a réagi davantage comme l’essayiste qu’il est que comme le candidat qu’il est devenu. Quoiqu’on puisse dire sur l’histoire commune de la France et de la Russie, malgré tous les arguments qu’on peut faire valoir sur l’extension infinie de l’OTAN ou de l’Union européenne, on attend d’un président de la République qu’il ait une position ferme et tranchée. Il a laissé un certain nombre de plumes dans cette affaire.

Mais plus loin, il y a une méprise générale dans les commentaires sur le segment de la droite française qui a toujours eu une histoire forte avec la Russie : ce n’est ni le Rassemblement national ni Reconquête, mais bien la droite gaulliste. Quand on regarde l’histoire depuis 1945, c’est le général de Gaulle qui a été le premier à construire une relation avec l’URSS, dans sa volonté d’indépendance. Après la chute de l’URSS, ce sont l’UMP et les Républicains qui, sans être des soutiens de Vladimir Poutine, étaient à l’écoute de la Russie. Rappelons que Poutine n’a reçu Marine Le Pen que lorsqu’il était clair que François Fillon était hors-jeu. Certes, le tournant pris par Nicolas Sarkozy avec la réintégration de la France dans le commandement militaire intégré de l’OTAN a déplu à Poutine, qui y a vu une dérive atlantiste. Mais pour le reste, Poutine avait-il à se plaindre de François Fillon ou de Dominique de Villepin ? Assurément non. Et pas davantage de beaucoup de grands maires qui ont des communautés russes sur leur territoire et entretiennent des liens d’amitié avec des métropoles russes.

Lire aussi : Guerre en Ukraine : le « doux commerce » n’achète pas la paix

Diriez-vous qu’il y a eu une « complaisance » de la droite vis-à-vis de Poutine ?

Est-ce une complaisance ? Honnêtement, je ne pensais pas que Poutine se lancerait dans cette attaque contre l’Ukraine, je pensais qu’il ferait rentrer ses troupes avec une certaine profondeur sur le territoire ukrainien pour établir un rapport de force, mais je n’imaginais pas que le conflit prenne l’allure d’une tentative de conquête totale dont certains pensent même qu’elle pourrait s’étendre à la totalité du glacis de l’ancienne URSS. S’agit-il d’une complaisance ou non ? Disons que ce que l’on n’a pas vu, et ça ne vaut pas que pour la droite, c’est la démesure, l’hybris de Poutine. Que Vladimir Poutine, président de la Fédération de Russie, veuille faire respecter son pays, c’est une chose. Mais là, il y a clairement un agresseur et un agressé. Qui pouvait cependant prévoir que les choses prendraient cette tournure-là ? Aller rencontrer Poutine n’était pas de la complaisance. Je me range derrière l’analyse de Jean-François Colissimo, qui expliquait il y a quelques jours que cette guerre était pour Poutine le grand saut dans l’inconnu. Par définition, bien malin qui peut prévoir à quel moment un individu fait ce grand saut. [...]

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