Jean-Yves Camus : « Je suis d’une gauche personnaliste, décentralisatrice, communautaire, antitotalitaire. »

© Benjamin de Diesbach pour L’Incorrect

De colloques en ouvrages, de chroniques dans Charlie ou Actualité juive en entretiens à la presse internationale, Jean-Yves Camus s’est imposé comme le plus fin connaisseur des droites françaises. Il en connaît tous les acteurs, toutes les tendances, toutes les filiations. Mais lui, qui est-il? Peut-être bien un nouvel Emmanuel Berl. Parti 1.

J’ai lu que vous étiez issu d’une vieille famille française catholique et normande.
Bretonne !

Pardon pour l’offense ! Breton de père en fils depuis des générations ?
Le plus ancien document attestant de la présence de la famille de ma mère dans les Côtes-d’Armor date de 1602. C’est un acte de mariage. On peut donc supposer que cela nous amène à la toute fin du XVe siècle. C’est une famille marquée par la culture et la langue bretonnes, langue maternelle de mon grand-père. Il avait été, comme tous les jeunes Bretons de sa génération, francisé par l’école publique mais avait continué en famille à pratiquer le breton de manière épisodique jusqu’à sa mort.
C’est une langue que j’ai entendue mais qu’on ne m’a pas transmise. De même que la mère de ma mère, née en Italie du Nord en 1914, ne m’a pas transmis l’italien, ce qui montre certes la force du modèle d’assimilation à la française, mais aussi quelque chose que je considère comme une perte. Quand j’avais demandé à mon grandpère s’il m’apprendrait le breton, il m’avait répondu : « Non, ça ne te servira pas à grand-chose. » C’est vrai que dans un monde strictement marchand, ça ne sert pas à grand-chose, mais pour moi c’est une déperdition d’héritage : je suis amputé d’une partie intrinsèque de ce dont j’ai hérité.

Et du côté de votre père ?
La famille de mon père n’a pas beaucoup bougé d’un périmètre compris entre Nantes, Angers, Thouars et Les Sables-d’Olonne, ce qui est tout de même une zone très circonscrite…

Une famille catholique donc ?
Evidemment catholique, moi inclus. Avec catéchisme, communion solennelle, en étant enfant de chœur – comme mon père, passé par l’école catholique comme bien des membres de ma famille paternelle. Donc oui, je suis issu d’une famille catholique pratiquante – surtout dans le contexte des années 1960 et 1970. Jusqu’au jour où est arrivé, sans pilier de NotreDame, mais aussi sans bruit et sans tourment, quelque chose qui est du domaine de la perte de foi. J’ai juste cessé de croire à ce que l’on m’avait enseigné.

Vous auriez pu devenir agnostique ou même athée, vous êtes devenu juif!
Oui mais j’ai la grande faiblesse de n’avoir jamais cessé d’être croyant. Donc j’ai trouvé ma vérité ailleurs. Pour le reste, ce n’est pas une conversion de révolte adolescente, d’abord parce que ça s’est produit à l’âge adulte, ensuite parce que je n’ai rien à reprocher à l’éducation que j’ai reçue ; je trouve même qu’elle a été structurante.
Je précise que je ne tiens pas non plus l’Église catholique pour (…)

Journaliste

bruno@lincorrect.org

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