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Julien Aubert : « Cette dynamique prépare un émiettement de la société et l’émergence d’une nouvelle société multiculturelle et anti-républicaine »

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Publié le

4 décembre 2020

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Le 25 novembre, les députés LR Julien Aubert et Damien Abad ont demandé l’ouverture d’une commission d’information parlementaire concernant « les dérives intellectuelles idéologiques dans les milieux universitaires ». Accusé de dérive droitière par d’autres députés, soutenu par des personnalités, Julien Aubert nous explique l’intérêt de cette démarche.

Pourquoi avoir réclamé cette mission d’information parlementaire ?

Parce qu’il y a eu des témoignages dans la presse, de la part d’intellectuels, de personnalités, qui ont attiré l’attention à la fois sur ce que l’on appelle la culture de l’annulation ou « cancel culture », et l’ostracisation de ceux qui pensent différemment des promoteurs de cette idéologie. Des personnalités se sont vu interdire l’accès à certaines universités, je pense notamment au cas emblématique de Sylviane Agacinski à Bordeaux.

Cette demande fait également suite aux déclarations de Jean-Michel Blanquer pointant le problème de l’islamogauchisme dans l’enseignement supérieur.

Cette demande fait également suite aux déclarations de Jean-Michel Blanquer pointant le problème de l’islamogauchisme dans l’enseignement supérieur, et de divers articles de presse dénonçant une communautarisation rampante de certaines universités (notamment sur le port du voile ou la présence de certains ouvrages jugés non-désirables dans les bibliothèques universitaires). Il a donc semblé intéressant d’éclairer le regard du parlement sur ce phénomène pour en évaluer l’impact, le périmètre, et surtout identifier les propagateurs.

Pensez-vous que votre demande puisse aboutir ?

C’est une demande adressée au président de l’Assemblée nationale, qui nous a répondu qu’il transmettait à la présidence de la commission culture et éducation. Ce qui revient en réalité à refiler la patate chaude et à refuser d’en prendre la responsabilité. Il y a fort à parier que la présidente de la commission refusera cette demande.

Êtes-vous suivi dans votre démarche par d’autres députés, notamment chez LREM ou même à gauche ?

J’ai été plutôt attaqué par d’anciens députés En Marche, notamment un certain M. Nadot qui a envoyé un mail à tous les députés pour protester contre cette « démarche inacceptable de fascisme et de maccarthysme ». En revanche, j’ai reçu des marques de soutien de la part de personnalités, d’intellectuels, d’universitaires, mais aussi d’étudiants qui m’ont envoyé des mails pour témoigner de l’ostracisation dont ils étaient victimes.

Ces témoignages que vous avez reçus, concernent-ils tout type d’établissements d’enseignement supérieur ou seulement les universités ?

Il ressort que cela concerne surtout les universités et que les grandes écoles seraient moins touchées. Je n’ai en tout cas pas reçu de témoignages m’indiquant le contraire.

Lire aussi : Luc Lahalle : « L’UNEF introduit dans nos facultés les thèses indigénistes »

Globalement, que pensez-vous de l’impact de ces idéologies – intersectionnelle, racialiste, indigéniste – sur notre société ?

Je pense tout d’abord qu’il s’agit d’une importation des États-Unis venue cibler une extrême gauche en quête d’une nouvelle matrice idéologique.

C’est néanmoins un retour de la French Theory.

Oui, et ce phénomène a d’ailleurs reçu l’appui de la sociologie française. Cette espèce de cocktail entre la gauche et une partie de l’extrême gauche occupant des postes de savoir qui a coïncidé avec une jeunesse largement déformée par les années Mitterrand, a donc fini par perler dans la société.

Une partie des jeunes considèrent aujourd’hui qu’ils sont non-genrés, que la société est raciste, qu’il existe un racisme d’État, que la France est islamophobe.

Je ne sais pas si cela passe par les universités, mais cela cause en tout cas des ravages. Ces idéologies transforment la société française en une société fragmentée. Une partie des jeunes considèrent aujourd’hui qu’ils sont non-genrés, que la société est raciste, qu’il existe un racisme d’État, que la France est islamophobe, qui valident le terme d’islamophobie. Tout cela prépare un émiettement de la société et l’émergence d’une nouvelle société multiculturelle et anti-républicaine.

Lire aussi : Les collabos – épisode 5 : les professeurs

Que pensez-vous par exemple de la polémique de cet été concernant une liste de lecture proposée par Sciences Po [liste élaborée par les abonnés au compte Instagram de l’école, puis validée par celle-ci, Ndlr] à ses élèves et contenant des ouvrages racialistes, notamment sur la « fragilité blanche » ?

Je n’ai rien contre le fait que l’on puisse enseigner des choses influencées par des théories sociologiques. La question n’est pas tant dans l’enseignement, mais de savoir s’il n’y a que cela qui est enseigné. Mais surtout la question est de savoir s’il est autorisé d’enseigner ou de rechercher ailleurs et si l’on peut débattre et questionner ces idéologies. C’est là qu’il y a une ambiguïté, dénoncée par certains chercheurs, qui expliquent qu’on veut leur interdire de faire des recherches. Si quelqu’un veut occuper sa vie à faire de la recherche sur la théorie du genre ou sur le racisme d’État en France, ce n’est qu’un choix académique. En revanche, ce n’est pas parce que je suis un néo-marxiste que mes élèves doivent lire exclusivement Karl Marx, et que je dois mettre zéro à celui qui ne pense pas comme Karl Marx. C’est cela la question. Ce n’est pas parce qu’on étudie certains domaines de recherches sociales, qu’on a le droit de devenir un propagateur ou un apôtre, sinon il va bientôt falloir interdire toutes les recherches sur le fascisme des années 30.

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