Il semble qu’une épidémie de berlue ravage la France – et peut-être le monde, mais n’alarmons personne inutilement. Nous regardons le monde et nous imaginons voir des choses impossibles, inconcevables, irréelles, chimériques, déclenchant tant de propos vains, fariboles et billevesées que les gens sérieux, de sens rassis, finissent eux-mêmes par s’inquiéter.
On nous dit que les hommes peuvent être enceints et on nous montre des dessins. On nous dit que l’insécurité n’existe pas et on brandit des chiffres. Un président en jet-ski nous exhorte à payer le prix d’une liberté dont nous pensions qu’elle était acquise depuis 1944, même si sérieusement rognée depuis par ses soins. Des communistes exaltent la personne ou la mémoire des dictateurs sanglants au nom des valeurs de la République (mais je ne sais pas si cet exemple est aussi probant que les précédents).
La berlue de gauche consiste à regarder le réel et à n’y contempler que ce que l’on désire y voir : société fraternelle, hommes enceints, femmes à pénis, communistes humanistes, président bienveillant, France attractive
C’est la berlue. On voit des objets que l’on n’a pas réellement devant les yeux, comme dit le Littré. Ou encore on s’en fait une idée fausse. Mais comment diable affirmer que les hommes peuvent être enceints, s’ils n’ont pas d’utérus, ou qu’un être humain ayant un utérus n’est pas une femme ? Comment regarder une femme et se persuader que c’est un homme juste parce que cette personne l’affirme, au rebours de tout ce que les sens et la raison nous disent ? Comment diable expliquer que l’insécurité est un sentiment alors que la violence aveugle ensanglante les villes et les campagnes ?
Comment diable soutenir que la justice et l’administration fonctionnent alors que les peines prononcées ne sont pas exécutées, peines minimes par rapport aux peines encourues, et encore, quand l’affaire est traduite en justice ? Pourquoi diable affirmer qu’on agit en répétant les mêmes mots déjà prononcés, il y a un an, deux ans, cinq ans, dix ans, pour conjurer les mêmes maux ? Je ne parlerai même pas de la liberté, qui a servi à justifier les privations de liberté les plus extraordinaires et qui bientôt va devenir un argument moral pour nous contraindre à avoir froid, à ne cuisiner que ce qui se chauffe en cinq minutes et à ne regarder que les vidéos où Macron défend la liberté en manches de chemise.
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Il y a donc deux berlues. La berlue de gauche consiste à regarder le réel et à n’y contempler que ce que l’on désire y voir : société fraternelle, hommes enceints, femmes à pénis, communistes humanistes, président bienveillant, France attractive. Rien de tout cela n’est vrai mais le rêve a force de loi, et les rêveurs nous berlurent. Il berlure, le Macron, mais il berlure !… Et Gérald avec lui, et Elisabeth, et Éric, et Bruno, et le Planning familial, et la Nupes, et tant d’autres, qui accusent ceux qui regardent de ne pas avoir su ne considérer que ce qu’il faut voir. Et la berlue de droite consiste à regarder le réel, à constater ce que l’on voit et à s’étonner du spectacle. Les berlureurs jurent que les éberlués sont malades. Ils les ont en compassion. Ils méditent de les soigner en les empêchant de raconter leurs visions. Nous savons déjà à quelles extrémités le souci sanitaire est capable de les porter.





