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La bière, les moines et nous

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Publié le

12 décembre 2019

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Après des années de déclin, le marché de la bière connaît une embellie. Cette croissance est due à l’engouement des consommateurs pour la bière artisanale. La découverte de nouvelles saveurs fait la part belle aux bières de spécialité et d’abbaye. Mais contrairement à l’image répandue, toutes les bières d’abbaye (Affligem, Grimbergen) ne sont pas brassées par des moines. Seules douze abbayes à travers le monde produisent des bières d’exception. En France, les frères de l’abbaye de Saint-Wandrille en Normandie sont les derniers brasseurs de bière.

 

 

 

Bien que premier exportateur mondial de malt, la France se situe au quarante et unième rang de la consommation de bière par habitant. Avec 31 litres par an, le buveur français est loin derrière le Tchèque (144 litres) ou l’Allemand (107 litres). Il boit moins mais mieux. Aujourd’hui, le consommateur français est séduit par la bière artisanale « made in France » qui propose des goûts variés et réveille les terroirs.

« Nous voulions retrouver une production manuelle dans la communauté. Au cours d’une réunion, un moine a lancé l’idée de la bière »

On recense 1 600 microbrasseries en France. Elles sont présentes partout sur le territoire, et plus seulement dans les régions de tradition brassicole comme le Nord et l’Est. On trouve ces microbrasseries à la campagne comme en centre-ville. La facilité d’installation explique un tel essor. Pour être brasseur, nul besoin de titre ou de diplôme. C’est donc sans diplôme mais armés d’une foi inébranlable que les moines de Saint-Wandrille en Normandie sont devenus brasseurs. En 2013, leur activité de microscopie s’essoufflait, et il devenait urgent de trouver une affaire rentable à développer. Les coûts de la restauration de l’abbaye sont importants et il faut faire vivre les trente moines de la communauté : « Nous voulions retrouver une production manuelle dans la communauté. Au cours d’une réunion, un moine a lancé l’idée de la bière », selon frère Benoit, responsable commercial.

 

Lire aussi : Champagne des vignerons, la magie de la terre

 

La communauté est alors conseillée par le biérologue Hervé Marziou. Pour cet expert reconnu, l’aventure est excitante. En effet, depuis un siècle les abbayes ne brassent plus en France. Frère Mathieu et frère Christian sont envoyés en formation au lycée agricole de Douai. La communauté investit 750 000 euros pour créer sa propre unité de production. Un comité de dégustation s’accorde sur le goût (amer mais pas trop) et la couleur (caramel entre la blonde et l’ambrée). « Il a fallu un an de test pour élaborer la recette au sein de la communauté. Il s’agit donc de notre propre recette », poursuit frère Benoit. La première bière est conçue en 2016, elle prend naturellement le nom de Saint-Wandrille. Alors que la plupart des bières monastiques sont d’influence belge, la Saint-Wandrille est d’influence anglaise. Elle est moins sucrée sans être trop amère. L’abbaye de Saint-Wandrille produit 135 000 bouteilles par an. Un chiffre proche de la capacité maximale : « L’enjeu est d’inscrire notre production brassicole dans le rythme monastique qui est très morcelé. Dans la journée nous avons les offices et dans l’année nous devons suivre le calendrier liturgique. Pour rester fidèle à la vie de la communauté, nous devons refuser une demande toujours croissante », constate frère Benoit. Un beau succès qui ne doit rien à la grande distribution. Le réseau commercial est essentiellement constitué par des indépendants (fromageries, boucheries, cavistes) et par les boutiques monastiques.

Les bières trappistes constituent un vrai label de qualité. Qualité qui est issue des éléments utilisés et d’une production limitée.

À mesure que se développent les scandales alimentaires, la suspicion des consommateurs s’accroît. Les bières trappistes constituent un vrai label de qualité. Qualité qui est issue des éléments utilisés et d’une production limitée. Voici un panorama des meilleures bières trappistes.

 

 

La bière Orval

La bière Orval est une bière de robe ambrée qui titre à 6,2 % d’alcool. Brassée à l’abbaye d’Orval (province de Luxembourg), elle est l’une des douze bières pouvant exploiter le label Authentic Trappist Product. Un logo qui garantit que le produit est fabriqué au sein d’une abbaye.

La légende attachée à l’Orval date du XI siècle. Mathilde, tante de Godefroy de Bouillon, fait une pro’menade et vient boire au bord d’un ruisseau. Par inadvertance, elle fait tomber son alliance. Elle invoque la Vierge et subitement une truite jaillit de l’eau tenant dans sa bouche l’anneau. La truite s’écrie : « Vraiment, c’est ici un val d’or ». Pour remercier la Vierge, Mathilde construit sur ce « val d’or » une abbaye qui prend le nom d’Orval.

La pénurie de bière d’Orval est un sujet récurrent des médias belges.

Créée en 1932, la bière reprend le logo de l’abbaye : une truite tenant dans sa bouche un anneau. La bière d’Orval a une silhouette particulière en forme de quille, qui lui permet de résister à la pression qui est deux fois supérieure à celle des bières blondes traditionnelles. Les capacités de production sont limitées. La pénurie de bière d’Orval est un sujet récurrent des médias belges.

 

La Trappiste Rochefort 8

La Rochefort 8 est une bière brassée par les moines de l’abbaye Notre-Dame de Saint-Rémy (province de Namur, Belgique). On brasse à l’abbaye depuis 1595 mais la Révolution française stoppe l’activité brassicole qui n’est reprise qu’en 1950. Comme l’indique le logo situé sur l’étiquette, la Rochefort 8 possède le label Authentic Trappist Product. La qualité de cette bière provient de l’eau de source qui coule à 47 mètres de profondeur sous l’abbaye. Découverte en 1797 par les moines, l’eau de source de la Tridaine est utilisée sans le moindre traitement.

Il est donc inutile de la stocker dans un frigo pour savourer ses arômes de chocolat, vanille et épices.

La Rochefort 8 est une bière forte dans l’univers des trappistes. Elle titre à 9,2 % d’alcool. Il est conseillé de la déguster à une température comprise entre 12 et 14 °C. Il est donc inutile de la stocker dans un frigo pour savourer ses arômes de chocolat, vanille et épices. Comme dans toutes les abbayes, la production de Rochefort 8 est limitée. L’abbaye commercialise deux autres bières : la Rochefort 6 à capsule rouge qui titre à 7,5 % d’alcool et la Rochefort 10 à capsule bleue qui titre à 11,3 % d’alcool.

 

La Chimay Bleue

La Chimay bleue est brassée à l’abbaye Notre-Dame de Scourmont en Belgique à l’ouest des Ardennes. C’est la plus forte (9 % d’alcool) des quatre bières produites par l’abbaye (les autres sont les Chimay Rouge, Chimay triple et Chimay dorée). La bleue se distingue par sa robe brune : elle fut conçue en 1948 comme une bière de Noël. Mais face au succès grandissant, les moines décident en 1954 de la brasser toute l’année.

Comme le bon vin, les amateurs la laissent vieillir en cave jusqu’à 5 ans.

Considérée comme l’une des meilleures bières du monde, elle possède le label Authentic Trappist Product. La Chimay bleue tire sa renommée de la qualité de son eau. Comme pour la Rochefort, une nappe phréatique se situe sous l’abbaye de Scourmont dont la qualité est vérifiée par les moines. Pour préserver l’eau, ils rachètent les terrains disposés au-dessus de la nappe et développent des cultures biologiques. Isolées depuis 1948, ses souches de levures sont uniques au monde : elles sont aujourd’hui précieusement conservées à l’abbaye de Sourmont et à l’université de Louvain. Grâce à cette levure, la Chimay bleue se bonifie avec le temps. Comme le bon vin, les amateurs la laissent vieillir en cave jusqu’à 5 ans. En bouche, elle procure une longue amertume et traduit une torréfaction prononcée.

 

La Mont des Cats

La Mont des Cats est brassée à l’abbaye Notre-Dame à Scourmont pour le compte de l’abbaye du Mont des Cats en France. C’est la mise en place de la loi de séparation des Églises et de l’État en 1905 qui provoque l’arrêt de la production à l’abbaye française de Mont des Cats : une partie du personnel émigre en Belgique et en 1918 la brasserie est complètement détruite. La tradition brassicole reprend vie en 2011 avec la naissance d’une bière ambrée qui titre à 7,6 % d’alcool. N’étant pas brassée sur place, La Mont des Cats ne peut pas porter le label Authentic Trappist Product.

Les malts utilisés lui offrent une touche de caramel.

Cette bière ambrée possède des arômes fruités provenant de sa fermentation. Les malts utilisés lui offrent une touche de caramel. La Mont des Cats se savoure assez fraiche entre 6 et 8 °C.

 

Benjamin de Diesbach

 

 

Pour se procurer les bières trappistes À Paris : 68 bis, avenue Denfert-Rochereau 75014 – À Lyon : 11, rue du Plat 69002 – À Bordeaux : 6, cours de l’Intendance 33000 – À Nantes : 16, rue de Budapest 44000 divinebox.fr – st-wandrille.com – saveur-biere.com

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