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LE BON, LA PUTE ET LE TRUAND – La Chute de l’Empire américain

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© Jour2fete - L'Incorrect

Malgré son titre aguichant – La Chute de l’Empire américain – le nouveau film du réalisateur québécois Denys Arcand n’est pas le troisième volet du cycle débuté en 1986 avec Le Déclin de l’Empire Américain puis poursuivi avec Les Invasions Barbares, film oscarisé en 2003. Moins féroce, plus moraliste, si la manière qu’a Arcand de scruter son époque fait toujours sourire, elle perd franchement en puissance.

 

La Chute de l’Empire Américain s’ouvre sur un clin d’œil à Pulp Fiction : attablé dans un restaurant, Pierre-Paul explique à sa future ex qu’il est « trop intelligent » pour réussir, que « l’intelligence est un handicap », expliquant l’élection de Donald Trump par un cinglant : « Les imbéciles adorent les crétins ».

 

Pierre-Paul a 36 ans et malgré un doctorat en philosophie, il exerce le métier de chauffeur pour une compagnie de livraison. Plaqué pour s’être montré « trop intelligent pour dire je t’aime », il se retrouve quelques jours plus tard témoin d’un hold-up qui tourne mal et au terme duquel sont abandonnés deux énormes sacs de sport bourrés de billets. Des millions de dollars. Le pouvoir irrésistible de l’argent va bousculer ses valeurs altruistes et mettre sur sa route une escort girl envoûtante (Maripier Morin, d’une beauté sublime) et un ex-taulard (merveilleux Rémy Girard) reconverti en conseiller financier.

 

 

La patte d’Arcand se remarque dans ses personnages, les dialogues font souvent mouche – « J’ai besoin d’aide, j’ai vraiment trop d’argent » – et on y découvre même un cadre plus soigné qu’à l’accoutumée. Son personnage aussi timoré qu’érudit et qui use de citations pour fuir tout dilemme moral rappelle ceux du Déclin de l’Empire Américain.

 

Arcand montre comment l’argent, origine de tous nos maux, sait se rendre désirable même aux yeux d’un socialiste convaincu.

 

On s’amuse de voir Pierre-Paul dealer avec un avocat véreux pour blanchir moralement ses valises de biftons via des paradis fiscaux ou acheter, comme première dépense, les faveurs d’une escort de luxe qui cite Racine. Arcand montre comment l’argent, origine de tous nos maux, sait se rendre désirable même aux yeux d’un socialiste convaincu.

 

Mais de cette photographie de l’époque, le cinéaste québécois peine à retrouver le cynisme et l’amertume réac qui avaient fait son succès. On dirait qu’après avoir sulfaté la génération des soixante-huitards égoïstes – Rémy le prof gauchiste du Déclin de l’empire américain – il fallait impérativement tuer leurs enfants – Sébastien, le fils capitaliste de Rémy dans Les Invasions Barbares. Arcand fait un film moins bavard, il gagne en rythme, mais ses personnages, bien moins charpentés, perdent en profondeur. En troquant la satire dramatique pour le feel good movie à thèse, le réalisateur en oublie son ironie féroce. L’humanité qui naissait des fêlures de ses personnages est ici accouchée aux forceps.

 

 

Certes, Arcand joue sur le registre comique, il s’amuse en caricaturiste de séries US avec ses deux flics chargés de l’enquête tout droit issus de NCIS, mais son film souffre néanmoins d’un déséquilibre flagrant. Sa charge sympathiquement naïve contre notre société moderne où l’on enjambe les sans-abris, où l’on montre du doigt les prostituées et où l’on encourage les voyous en col blanc, fonctionne tant qu’il reste dans le registre de la fable légère (un Pretty Woman socialiste) mais perd tout son charme dans le réalisme, au point que ça en devient dérangeant. Entre une scène de torture écœurante et un finale en plans voyeurs sur des SDF inuits, le Québécois vautre son œuvre dans l’idéologie binaire et simpliste que d’aucuns nommèrent « socialisme ».

 

LA CHUTE DE L’EMPIRE AMÉRICAIN (2H09)

De Denys Arcand Avec Alexandre Landry, Maripier Morin, Rémy Girard

En salle le 20 février

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