L’organisation d’un débat télévisé avant le premier tour de l’élection présidentielle « montrerait un manque d’exigence démocratique » selon Gabriel Attal. Dans tous les cas, la participation d’Emmanuel Macron ne serait « pas d’actualité ». L’oxymore, au-delà du mépris évident pour les soutiens des candidats déclarés, fait montre d’une attitude de matador se défilant face à l’arène. À moins qu’il ne faille y voir, et c’est évidemment le cas, un calcul politique. La frontière entre les deux, souvent, est fine.
Il s’agit dans tous les cas d’une nouvelle occasion manquée pour le Président d’expliquer où il entend conduire la France – cinq ans après la question demeure. Mais que voulez-vous, la pensée complexe n’est pas pour tout le monde. Il nous avait déjà fait le coup en refusant la traditionnelle interview du 14 juillet.
Alors que nous entrons dans la phase finale de l’élection présidentielle, caractérisée par l’annonce de mesurettes et les batailles de chiffres, gageons que les électeurs sauront rappeler aux politiques là où ils souhaitent porter le débat : l’avenir de la France. Ou plutôt, l’identité de la France. Il ne s’agit pas ici de promouvoir dogmatiquement un modèle plutôt qu’un autre, mais bien d’asseoir les termes du seul débat qui soit, à l’heure du constat sans appel d’une grande transformation à l’œuvre dans l’histoire de la France.
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Sortie du post-modernisme, montée du relativisme, du matérialisme, de l’individualisme ; puissent les candidats acter le tournant qu’entame la France, et indiquer clairement sur quel chemin ils entendent mener le peuple français. Plus qu’un tournant, c’est davantage d’une bifurcation entre deux visions finalement assez simples dont il s’agit.
D’un côté, le constat que la France est plus grande dissoute dans l’Europe et le monde d’inspiration anglo-saxon, que les migrations et le primat des technologies rendent l’idée même de nation obsolète, que l’homme n’existe que prométhéen. De l’autre, la certitude que l’héritage nous rend dépositaire d’une tradition qui impose la transmission, que l’assimilation est une logique de responsabilité qui conditionne la liberté et l’aspiration à l’universel.
Changer pour qu’autrui ne change pas et accepter l’avènement d’une société multiculturelle, ou offrir de se dissoudre dans un modèle qui pose l’assimilation comme exigence de son humanisme historique. Immanence et transcendance. Ici aussi, il ne s’agit pas de prôner le « mieux avant » mais d’interroger les conditions de possibilité du « mieux après ». La France change, Chantal Delsol en a récemment chroniqué la sortie de la chrétienté. Jérôme Fourquet en détaille les mutations. Dont acte. Le mouvement actuel n’est pas inexorable, mais quelle est l’alternative ?
Plus qu’un tournant, c’est davantage d’une bifurcation entre deux visions finalement assez simples dont il s’agit
« Quelle heure est-il ? » pour reprendre la formule d’Alain Finkelkraut. De quoi la France est-elle le nom ? Qu’entend-elle être demain ? Ce sont finalement des questions assez basiques, dont les réponses peinent à émerger faute d’enfermer le débat dans des conditions tactiques opérationnelles qui ne parviennent pas à masquer l’impossibilité des candidats à se saisir des enjeux et à y apporter une réponse de portée civilisationnelle.
On a beaucoup gagé sur un nouveau moment gramscien au tournant des années 2010, et pourtant la question de cette élection est bien plus métapolitique qu’elle n’y paraît. C’est bien de la nature de l’homme dont il est question. Poursuivre les transformations de la société liquide où se noie l’homme auto-déterminé dans les tourbillons de désirs sans cesse renouvelés et jamais assouvis, ou bien revaloriser quelques piliers offrant à l’homme de mettre sa responsabilité en gage de sa liberté ; de s’empêcher.
Que l’on soit progressiste ou conservateur, pour peu que vaillent ces définitions, ou ce qu’on veuille leur faire dire, puisse le débat non seulement avoir lieu, mais avoir lieu ici. Sur ce terrain des idées qui a fait la France, qui l’irrigue encore, qui nourrit les consciences et ouvre les horizons des destinées civilisationnelles.





