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La démocratisation de la vulgarité

Démocratiser l’accès à la culture : une des phrases-clés du tout-Paris depuis 1981. Tout a été tenté, rien n’a jamais véritablement fonctionné. En fait de démocratisation de la « culture », nous n’avons cessé de l’abaisser par le relativisme. Tout le monde a désormais « accès à la culture », mais est-ce bien de la culture ?

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« Il vous sera utile de garder Malraux. Taillez pour lui un ministère, par exemple, un regroupement de services que vous pourrez appeler “Affaires culturelles”. Malraux donnera du relief à votre gouvernement », disait de Gaulle à son Premier ministre Debré. Des services alors dispersés entre plusieurs ministères furent donc regroupés en une seule entité. L’idée sous-tendant cette décision était loin d’être absurde, mais de Gaulle n’avait pas conscience qu’il venait de créer un monstre si français. Depuis la création de la Ve République, notre pays vit sous la tension de deux forces contraires : son présidentialisme teinté d’autoritarisme centralisateur se heurtant à ses idéaux démocratiques.

Au fond, il ne saurait y avoir rien de moins démocratique que la culture, et peut-être est-ce envore le plus souhaitable

La culture n’y fait point exception, l’idéalisme de la « politique culturelle » s’étant heurté à des réalités fâcheuses. La mission que la France s’est donnée par la voix de Malraux de « rendre accessibles les œuvres capitales de l’humanité, et d’abord de la France, au plus grand nombre possible de Français, d’assurer la plus vaste audience possible à notre patrimoine culturel et de favoriser la création de l’art et de l’esprit qui l’enrichisse », était d’une grande noblesse. Pourtant l’enfer est le plus souvent pavé de bonnes intentions. André Malraux n’est pas l’homme que nous devrions prioritairement blâmer, car lui avait-il encore à cœur de ne pas amener la culture de force dans les foyers réticents, mais de permettre à ceux qui le souhaitaient d’avoir un rapport direct avec elle. Malraux était cependant une exception qui n’avait pas vocation à durer, surtout pas quand le ministère de la Culture après lui, œuvrera au « développement culturel » en sélectionnant les artistes les mieux-pensants et en finançant l’industrie du vulgaire, de la stupidité, voire de la haine de notre pays. Jack Lang fut la quintessence de la « démocratisation culturelle », nous inondant d’œuvres, de performances, d’évènements, de festivals. Et pour quel résultat ? La culture française est-elle encore le phare du monde ? On ne crée pas d’artistes majeurs depuis le bureau d’un fonctionnaire de la Drac. [...]

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