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La France des robots

Platon, déjà, disait que les mathématiques figuraient la science idéale par excellence, avec elles on pouvait directement concevoir les raisonnements parfaits de l’intelligence sans subir les aléas de la matière mobile. C’est sans doute de cette intuition d’une science pure, délivrée de la contingence, qu’est née la volonté de transposer la perfection des cercles dans les choses de ce monde, de rajouter à la création de Dieu la régularité des nombres et de corriger ainsi le hasard qui préside à nos actions humaines, trop humaines.

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© Frank V – Unsplash

Autrement dit, voilà le fantasme du robot dont l’intelligence artificielle incarne la dernière mise à jour. L’homme n’a pas conçu l’homme, mais il veut concevoir ce qui sera meilleur que lui, non pas sa continuité ni son achèvement, mais sa création autonome : la machine intelligente…

Cependant, l’homme ne crée qu’à partir de lui, sa raison raisonnante ne connaît pas de surplomb et il y a fort à parier qu’il envisage chacun de ses fantasmes comme la simple extension de son état, qu’il imagine une intelligence artificielle possible, parce que sa propre intelligence vire souvent à l’artifice, au cosmétique, à la caricature.

L’épidémie aurait été alors l’occasion d’une gigantesque remise en cause, d’un retour de l’homme à son intelligence authentique par la reconnaissance de sa propre difficulté à comprendre ce qui se dresse devant lui sous la forme d’une catastrophe.

L’épidémie aurait été alors l’occasion d’une gigantesque remise en cause, d’un retour de l’homme à son intelligence authentique par la reconnaissance de sa propre difficulté à comprendre ce qui se dresse devant lui sous la forme d’une catastrophe. Bref, un exercice d’étonnement au sens où Aristote l’entend.

Hélas, on peut désormais dire que l’aubaine a été manquée, qu’on a continué à ânonner nos slogans tels des robots supporters de la chloroquine ou de la grippete, fanatiques du confinement ou de la Suède, et que l’intelligence a été fort peu au rendez-vous sinon sous sa forme purement mécanique, laquelle n’est pas sans partager quelques ressemblances avec la bêtise.

Lire aussi : Guillaume Lapaque : Jean Carmet contre les robots

Autrement dit, les robots sont là. Nous sommes nous-mêmes devenus des robots, c’est-à-dire des automates, et ceux qui à l’heure actuelle parlent du bon sens et optent pour les schémas de pensée faciles comme si la complexité et la nuance figuraient l’apanage de l’intelligence déconnectée des robots qu’ils croient combattre, ceux-là sont simplement des robots d’une autre espèce.

Ils possèdent leurs logiciels : le complot pharmaceutique, la potion miraculeuse « pas cher et qui marche », en vis-à-vis des autres robots qui ont les leurs : « les masques ne servent à rien », « le gouvernement gère la situation », « il faut fliquer tout le monde ».

Ils possèdent leurs logiciels : le complot pharmaceutique, la potion miraculeuse « pas cher et qui marche », en vis-à-vis des autres robots qui ont les leurs : « les masques ne servent à rien », « le gouvernement gère la situation », « il faut fliquer tout le monde ». Et tous ces robots tournent en rond dans le vide en reproduisant leur cercle indéfiniment sans qu’ils ne se croisent jamais, ni ne défassent l’arrangement des sphères imaginaires dans lesquelles ils évoluent en oubliant qu’on ne comprend rien de l’ici-bas sans qu’on se soit évertué à réfléchir contre soi. Car la géométrie est une vue de l’esprit, l’idée fixe aussi – c’est vrai comme la Bible, effrayant comme la réalité, mais c’est toujours moins triste qu’une machine.

Ex machina, robots et machines de l’Antiquité
Anne Collognat et Bernadette Chopin
Les Belles Lettres
342 p. – 15 €

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