Skip to content

La gauche euthanasique

Par

Publié le

5 novembre 2021

Partage

Jour de la commémoration des fidèles défunts pour les catholiques, le 2 novembre a été transformé par les associations favorables à l’euthanasie en « Journée mondiale pour le droit de mourir dans la dignité ». Plus largement, à l’approche des présidentielle, tous les candidats de gauche essayent d’inscrire le sujet à l’agenda politique pour 2022. Décryptage.
EUTHANASIE

À l’initiative de l’Association du droit à mourir dans la dignité (ADMD), ils étaient quelques centaines réunis ce mardi 2 novembre place de la République. Aux côtés du président de l’association Jean-Luc Romero se trouvent toutes les nuances de progressisme, depuis Jean-Louis Touraine (LREM) jusqu’à Adrien Quatennens (LFI), en passant par Rémi Féraud (Socialiste), Laurent Garcia (Modem) et Olivier Falorni (Radical). Sur les réseaux sociaux, les soutiens à l’ADMD s’affichent avec zèle, qu’ils se nomment Les Jeunes avec Macron, les Verts ou Générations.s. Toutes les gauches communient : chacun doit pouvoir choisir sa fin de vie, et bénéficier s’il le souhaite d’une aide active à mourir.

Lire aussi : Le gouvernement des juges au service l’euthanasie ?

C’est qu’en vue de la présidentielle, tous les progressistes s’évertuent à en faire un thème de campagne. Favorable de longue date à l’euthanasie, Jean-Luc Mélenchon propose une réforme constitutionnelle pour faire y inscrire le droit à l’euthanasie. Pareillement, Anne Hidalgo en a fait l’un de ses chevaux de bataille, publiant dans Libération une tribune en faveur de l’euthanasie et du suicide assisté. Yannick Jadot porte la même proposition, alors que la macronie, divisée, hésite encore. En clair, après la PMA pour toutes, et avant la GPA à l’horizon 2027, l’euthanasie sera le prochain grand débat sociétal. Ce débat a d’ailleurs déjà commencé : en avril dernier, une proposition de loi sur le sujet avait été débattue mais obstruée par cinq députés LR qui avait déposé 2300 amendements. Aussi, l’association suisse Dignitas a récemment posé une question prioritaire de constitutionnalité pour légaliser l’euthanasie par voie judiciaire en France, comme ce fut le cas en Allemagne.

L’argumentaire de gauche est simple, pour ne pas dire simplet : l’euthanasie et le suicide assisté « n’ont pas vocation à être une obligation mais au contraire une liberté supplémentaire donnée aux êtres humains pour choisir leur fin de vie » (melenchon.fr). « J’ai la conviction que chacun doit pouvoir choisir le moment et les conditions de ses derniers instants » ajoute Anne Hidalgo. L’argumentaire est tout à la fois individualiste et libéral : cette nouvelle liberté permettra à chacun de disposer librement de son corps en choisissant la date et le moyen de son décès. « Mon corps, mon choix » pour reprendre le fameux slogan pro-avortement. Pour faire avancer son agenda, la gauche n’hésite pas à utiliser le pathos en mettant en avant des exemples poignants tel le témoignage d’un homme atteint d’une sclérose en plaques qui préfère mourir plutôt que de se voir dépérir (site de Dignitas).

Bien plutôt qu’un « droit fondamental à l’euthanasie » subitement sorti de ces quelques esprits farfelus, il existe de droit naturel un nécessaire respect de la vie, cadeau magnifique et précieux qu’il faut chérir quelles qu’en soient les modalités

Cette seule politique du bon sentiment est pourtant bien loin d’épuiser la question, car bien plutôt qu’un « droit fondamental à l’euthanasie » subitement sorti de ces quelques esprits farfelus, il existe de droit naturel un nécessaire respect de la vie, cadeau magnifique et précieux qu’il faut chérir quelles qu’en soient les modalités. Le serment d’Hippocrate ne dit pas autre chose : « Je ne provoquerai jamais la mort délibérément ». La gauche euthanasique crache sur le principe même de la médecine.

Les Français favorables aux soins palliatifs

L’argument martelé par les pro-euthanasie a des allures béton : « 96% des Français sont favorables à la légalisation de l’euthanasie » indiquerait un sondage Ipsos d’avril 2019. Outre que l’opinion n’est pas l’alpha et l’omega du politique (et la gauche le sait bien, que ce soit sur la peine de mort ou sur le Grand remplacement), un examen attentif des sondages en la matière oblige à réviser cette affirmation.

Du sondage en question, une émission d’Envoyé spécial a démontré qu’il était biaisé – et les acteurs ne peuvent feindre l’ignorance, puisqu’une première année de Sciences Po suffit pour le voir. « Selon vous, la loi française devrait-elle autoriser les médecins à mettre fin, sans souffrance, à la vie de ces personnes atteintes de maladies insupportables et incurables si elles le demandent ? » Loin d’être neutre, la question est pleine d’une charge émotionnelle qui oriente les réponses. Le politologue Alain Garrigou est clair : « Ce n’est pas une question neutre, c’est une question qui incite à la compassion, et qui fait de celui qui n’accepte pas une sorte de salaud. » Les sondages sur l’euthanasie sont porteurs d’un double tort qui aiguille politiquement les réponses (outre l’imposition de problématique et l’impossible abstention) : générer de la compassion et supposer l’idée d’un « progrès ». Ajoutons que beaucoup utilisent la périphrase « mort dans la dignité » pour parler d’euthanasie – proposition grotesque s’il en est, car la dignité est intrinsèque et ne dépend pas du degrés d’autonomie – qui, en faisant de l’euthanasie la condition sine qua non de la dignité, suppose la réponse.

Lire aussi : « Soulager mais pas tuer » se mobilise contre l’euthanasie

Un autre sondage de l’IFOP, réalisé en 2021 pour l’association Soulager mais pas tuer, est tout aussi intéressant, puisqu’il demande au sondé d’interroger sa propre préférence et lui propose plusieurs alternatives. « Quand vous pensez à votre propre fin de vie, quels sont parmi les points suivants les deux qui vous semblent prioritaires ? » Une majorité demande à être accompagnée (55%), à ne pas subir de douleur (48%) et à ne pas faire l’objet d’un acharnement thérapeutique (46%). Seuls 24% veulent « pouvoir obtenir l’euthanasie », légèrement surreprésentés dans les CSP+. En clair, bien moins en faveur de l’euthanasie que certains le disent, l’opinion est favorable à des mesures sur la sédation profonde et les soins palliatifs en suivant l’exemple de la loi Claeys-Leonetti, qui permettent une mort naturelle et sans douleur.

Euthanasie : à qui profite le crime ?

Jean-Claude Michéa nous a avertis, le libéralisme n’est pas un, et celui que l’on nomme culturel alimente son frère économique. Derrière cette poussée idéologique incarnée par Mélenchon, Hidalgo ou leurs sbires, on retrouve un marché très lucratif, ce qui explique les moults soutiens dont bénéficient les dirigeants senestres.

En 2008, une personne atteinte d’un cancer du poumon s’est vu refuser la prise en charge financière de sa chimiothérapie par son assureur, qui lui a par contre proposé un remboursement de l’euthanasie

Certes, le coût de l’injection létale ne dépasse pas la centaine d’euros. Mais les associations qui accompagnent les patients à la mort accumulent des fortunes en frais de dossier, en consultations médicales et en autres formalités. Dignitas a ainsi accumulé environ 900 000 euros depuis sa création, outre les 120 000 euros annuels dont bénéficie son fondateur. L’ADMD amasse aussi une petite fortune en cotisations et en dons divers. Le budget du groupe était estimé aux alentours de 980 000 euros en 2019. Jean-Luc Romero, son président, avait d’ailleurs fait en sorte que les administrateurs soient rémunérés, et a ôté toute limitation des mandats au sein de l’ONG. Il touche donc une coquette somme sur un laps de temps indéfini. Si l’euthanasie était légalisée, nul doute que ces gains bondiraient.

Mais c’est surtout du côté des mutuelles et des assurances qu’il faut regarder, car celles-ci n’ont que des avantages à la légalisation de l’euthanasie. La population occidentale étant vieillissante, les compagnies vont tout faire pour éviter d’avoir à subir les frais, estimés à 30 milliards par an en France, liés à la dépendance qu’implique un âge avancé. Alors que le poison euthanasique coûte une centaine d’euros, les économies pourraient être gigantesques, et l’argent ainsi économisé réinvesti sur les marchés. Les exemples les plus flagrants de cette aberration morale et sociale nous viennent des États-Unis et plus précisément de l’Oregon. En 2008, une personne atteinte d’un cancer du poumon s’est vu refuser la prise en charge financière de sa chimiothérapie par son assureur, qui lui a par contre proposé un remboursement de l’euthanasie. Des cas similaires sont à déplorer en Californie. L’argent aux dépens de l’humain, voici ce qu’alimentent les défenseurs de la « mort digne », même s’ils n’en n’ont pas toujours conscience.

Lire aussi : Enquête : Le business de l’euthanasie en Europe

La dérive belge : vers un suicide assisté généralisé ?

Si en Europe, la Suisse, les Pays-Bas, l’Espagne ou encore le Luxembourg ont légalisé l’euthanasie, le cas belge est des plus intéressants. On y constate une dérive malsaine du recours au suicide assisté. Chaque année, le nombre de requérants augmente d’environ 10% dans le plat pays. Désormais, les personnes qui bénéficient de l’euthanasie ne sont plus exclusivement des malades en phase terminale : de plus en plus de personnes en état de vivre y recourent. Ainsi en 2019, 448 personnes euthanasiées sur 2655 n’étaient pas en danger de mort imminente, et Alliance Vita explique que ces chiffres risquent de s’aggraver. De fait, la loi belge n’exige plus que le patient soit en phase terminale d’une maladie incurable comme c’était le cas dans la loi de légalisation en 2002. Désormais, c’est l’unique critère de la « souffrance » qui compte, et l’on peut être euthanasié en cas de douleur jugée insupportable (ce qui n’est pas sans rappeler le critère de détresse psycho-sociale que la majorité voulait instaurer dans le cadre du recours à l’avortement jusqu’à terme). Seule la subjectivité compte. Grossier paradoxe quand on sait que l’Europe mène de plus en plus de campagnes de prévention du suicide.

EN KIOSQUE

Soutenez l’incorrect

faites un don et défiscalisez !

En passant par notre partenaire

Credofunding, vous pouvez obtenir une

réduction d’impôts de 66% du montant de

votre don.

Retrouvez l’incorrect sur les réseaux sociaux

Les autres articles recommandés pour vous​

Restez informé, inscrivez-vous à notre Newsletter

Pin It on Pinterest