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La longueur de la jupe

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Publié le

21 septembre 2020

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S’il est un bout de tissu qui crée plus de polémiques que le voile, c’est bien l’indémodable jupe des filles. Mesurée, contrôlée, codifiée, la jupe indiquerait beaucoup de sa porteuse, et on juge sans vergogne la vertu d’une femme à sa longueur, forme et couleur.
jupe

En 1965, la « minijupe » signifie au-dessus du genou. Selon une vidéo de l’INA de l’époque, ce qui passerait pour prude ou coincé de nos jours fait tourner les têtes des gentlemen en complet veston assis aux terrasses de Montpellier. Et les commentaires vont bon train : « trop excentrique », « surtout joli pour les jeunes filles », ou un « parfait ! » enthousiaste. Loin de nos standards modernes où les inspecteurs de moralité ont leurs vapeurs à chaque fois que l’on exprime une opinion. Aujourd’hui, les carnets de couture définissent la minijupe comme « ne devant pas dépasser les 10 cm en dessous des fesses ». Autres temps.

Lire aussi : Tenue correcte exigée

La jupe ne contient pas en elle-même un pouvoir magique qui la classerait d’office en catégorie « trop courte » ou « trop longue ». Alice, porte-parole du mouvement féminin Némésis, le dit clairement : « En France, une femme peut s’habiller comme elle veut. La société française de souche ou assimilée n’a pas de souci apparent avec la longueur de la jupe d’une femme ». On attache cependant encore une valeur de bienséance à cette longueur selon le contexte. La manière et le goût avec lesquels une femme couvre ses gambettes attestent implicitement de son intégration des normes sociales. Une petite jupe plissée Lacoste parfaitement acceptable sur un court de tennis fera grincer des dents si elle franchit le parvis d’une église. « Tout comme un homme ne se rendrait pas à un entretien d’embauche en short ! » ajoute Alice.

On rallonge de 20

Récemment, l’emblème de la féminité a pris quelques centimètres, pour ne pas dire franchement un mètre. Là où l’on pensait que plus court équivalait à plus de progrès, on assiste à un revirement. Ce vêtement se porte long, selon la tendance de cette année. Nos experts en chiffres iront jusqu’à y lire une corrélation avec l’économie du pays. On appelle cela la « théorie de l’ourlet » : plus la jupe est longue, moins l’économie se porte bien. Devant la tendance actuelle, ce pays est foutu.

Et pour cause : la génération actuelle s’oppose aux revendications féministes des années 60. La mode ne consiste plus à s’exhiber au maximum, mais à se dévoiler, un peu, et parfois se voiler, beaucoup. Cette tendance est observable dans les communautés protestantes américaines, mais aussi et surtout au sein de la communauté musulmane. Le poids de l’islam dans l’économie a permis le développement d’un marché appelé la mode modeste. Si les grands créateurs s’y plient (on pensera à la « Ramadan Collection » de Tommy Hilfiger dès 2015), les marques grand public ne sont pas en reste : Naffmode, Jennah et Barcha font florès. Sur des sites tels que Asos, Aliexpress ou Shein, le mot « modeste » est un nom de code pour « islamo-compatible ».

La génération actuelle s’oppose aux revendications féministes des années 60. La mode ne consiste plus à s’exhiber au maximum, mais à se dévoiler, un peu, et parfois se voiler, beaucoup

 Il faut dire que dans certains quartiers, porter des vêtements occidentaux classiques vaut aux femmes de se faire malmener, et se faire traiter de vous-avez-compris. Alice de Némésis confirme : « Dans certains quartiers où la culture européenne est en sous-représentation, porter une jupe au-dessus du genou peut être un frein à se déplacer sans être embêtée. […] Les campagnes contre le harcèlement ne mettent pas en valeur les vrais problèmes. Dans la réalité, ce ne sont pas les cadres supérieurs en cravate qui nous harcèlent quand on porte une jupe “courte” ».

Génération long-long

Sans aller jusqu’à ces extrémités, les magasins grand public proposent des jupes de plus en plus longues, et pas uniquement pour s’adapter au marché des nouveaux arrivants. Assisterait-on à un retournement de tendance profond, générationnel, et suivi par les grands créateurs ravis de pouvoir à nouveau travailler avec plus de 5 cm² de tissu ? 

Pour Alice, ça relèverait de l’hypocrisie : « Si c’était le signe d’une société trop sexualisée, on n’aurait pas attendu autant. C’est clairement dans un objectif de séduction de certaines communautés. Il ne s’agit pas de l’épanouissement de la femme. On a bataillé des années pour se libérer de la jupe longue ou du pantalon, ce revirement est inquiétant. Dans une société qui se veut féministe, on voit le puritanisme revenir ». 

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