Le net succès du « non » à l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie (96,50 %) le 12 décembre a mis fin au processus de Nouméa élaboré aux temps déjà anciens du gouvernement Jospin. Alors que les deux premiers référendums prévus par ces accords avaient vu un rétrécissement de l’écart séparant les loyalistes, essentiellement d’origine caldoche (métropolitaine) ou wallisienne, et indépendantistes, presque tous kanaks, en faveur de ces derniers, ce troisième scrutin a bénéficié de la non-participation au vote des séparatistes. Même si ces derniers ont invoqué leurs deuils (280 morts) dûs à la pandémie, ils avaient surtout compris que s’ils perdaient ce référendum à la loyale, ils n’auraient plus de moyens de recours devant la commission de décolonisation de l’ONU. Cette victoire du camp loyaliste avec seulement 43,9 % de participation implique néanmoins de nouvelles négociations pour parvenir à un accord institutionnel conciliant souveraineté française et large autonomie locale pour cet archipel, riche en nickel, de 280 000 habitants.
Ce sont les États-Unis qui ont fini par exiger des autorités françaises qu’elles mobilisent localement l’électorat loyaliste par peur de voir la Nouvelle-Calédonie, possession française depuis 1853, tomber dans l’escarcelle chinoise
Si le dossier néo-calédonien avait été bien traité par l’équipe d’Édouard Philippe, il n’en a pas été de même par celle de Jean Castex qui semble s’être personnellement désintéressé du dossier malgré l’insistance des élus loyalistes de Nouméa à être entendus en haut-lieu. La seule préoccupation de l’Élysée avant le troisième référendum, à quelques mois de l’élection présidentielle, semble bien n’avoir été de ne déplorer aucun mort. Ce qu’on nomme le syndrome d’Ouvéa – du nom de la grotte prise d’assaut en mai 1988 par les gendarmes français dans les îles Loyauté, dépendances de la Nouvelle- Calédonie, et qui pesa sur la défaite de Jacques Chirac lors de l’élection présidentielle. Maintenant que ce scrutin s’est déroulé sans encombre, le Président de la République peut bien se féliciter du maintien de la Nouvelle-Calédonie sous pavillon français.
Retournement stratégique
En fait, selon nos informations, ce sont les États-Unis qui ont fini par exiger des autorités françaises qu’elles mobilisent localement l’électorat loyaliste par peur de voir la Nouvelle-Calédonie, possession française depuis 1853, tomber dans l’escarcelle chinoise avec sa zone économique maritime afférente. Une exigence appuyée par les puissances régionales que sont l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Il est donc loin le temps où ces deux pays manœuvraient, notamment grâce aux réseaux religieux protestants, pour aider les indépendantistes kanaks. C’était le temps de l’attentat contre le Rainbow Warrior et des essais nucléaires français en Polynésie. Une époque révolue, puisque, désormais, la France est bienvenue dans le Pacifique sud.
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Ce net retournement est favorisé par le constat de l’aide financière importante apportée par la Chine au FLNKS, le principal mouvement indépendantiste kanak. Après son alliance stratégique passée avec l’Australie et le Royaume-Uni dans cette Guerre froide du Pacifique qui ne dit pas son nom, il est logique que Washington tente d’y rallier la France et surtout de sécuriser la présence occidentale en Nouvelle-Calédonie. Les Américains sont ici bizarrement bien plus compréhensifs que dans le récent dossier du piratage des contrats de vente de sous-marins par la France à l’Australie. Les indépendantistes sont désormais à la croisée des chemins : soit ils prennent acte de la situation et négocient leur participation au nouveau statut français de la Nouvelle- Calédonie, soit ils relancent un cycle de violences dont ils ont peu de chance de sortir vainqueurs. La France est désormais trop engagée pour se retirer.





