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La nouvelle question antijuive

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Publié le

19 novembre 2018

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Loin de la doxa de la LICRA, la situation faite aujourd’hui aux juifs de France est le fruit de l’alliance monstrueuse d’une gauche antisioniste et d’un islam vindicatif. Depuis vingt ans les travaux de Pierre-André Taguieff la dévoilent.

 

Aujourd’hui, la haine des Juifs dérive principalement, d’une part, de la diabolisation du « sionisme », au nom de l’antifascisme et de l’antiracisme, par les diverses mouvances néo-gauchistes et, d’autre part, de la propagande islamiste qui, sous ses multiples figures, désigne les Juifs ou les « judéo-croisés » comme l’ennemi absolu de l’islam. Depuis la création de l’État d’Israël le 14 mai 1948 malgré le refus arabe et musulman qui s’est traduit par une série de conflits armés, on a pu assister à la lente reconstruction d’une vision antijuive du monde. La rediabolisation des juifs s’est opérée sur la base de la diabolisation d’Israël et du « sionisme », fantasmé en tant que « sionisme mondial ».

 

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Cette réinvention n’est pas réductible à un recyclage des traditionnels schèmes d’accusation visant les juifs, empruntés au corpus antijuif européen, qu’ils relèvent de l’antijudaïsme chrétien, de la judéophobie moderne antichrétienne (dans le sillage de Voltaire), de la judéophobie anticapitaliste (socialiste et révolutionnaire) ou de l’antisémitisme nationaliste, raciste ou non. Elle s’opère sur de nouvelles bases idéologiques, dont certaines sont étrangères à l’héritage antijuif occidental et puisent dans la culture musulmane. Il en va ainsi, emblématiquement, du jihad comme obligation religieuse, de la distinction corrélative entre « domaine de la soumission à Dieu » (dar al-Islam) et « domaine de la guerre » (dar al-Harb), de la catégorie de shahid ( martyr), de la charia, de la notion de dhimmi ou de l’idéal du califat

Il s’agit de savoir qui sont les nouveaux antijuifs, qui sont les initiateurs, les producteurs et les prêcheurs de judéophobie comme les suiveurs et les imitateurs. Nous savons qu’à quelques exceptions près, ils ne se réclament ni du christianisme, ni du paganisme. Certains d’entre eux, les islamistes, haïssent les athées et les agnostiques autant que les chrétiens. D’autres, les gauchistes, haïssent les chrétiens et adulent les musulmans.

 

Propagande propalestinienne

 

Nous nous interrogions au début des années 2000 : sommes-nous en présence d’un « nouvel antisémitisme » ou d’une actualisation d’un vieux phénomène, d’un processus d’adaptation des thèmes antijuifs à l’esprit du temps ? La réponse qui me paraît la plus conforme aux faits observables est la suivante, telle que je l’ai formulée il y a déjà quelques années : la France n’est pas globalement devenue ou redevenue antijuive, mais il y a une France antijuive dans la France contemporaine, qui présente de nombreuses ressemblances avec les populations antijuives observables dans des pays européens comme l’Allemagne, la Grande-Bretagne, la Belgique, la Suède ou la Norvège. Elle se confond avec la contre-société qui s’est établie au cours des trois dernières décennies dans plusieurs territoires de la société française.

Certains d’entre eux, les islamistes, haïssent les athées et les agnostiques autant que les chrétiens. D’autres, les gauchistes, haïssent les chrétiens et adulent les musulmans.

 Nul n’ignore que cette contre-société informelle n’existerait pas sans l’existence d’une importante population immigrée de culture musulmane, particulièrement sensible à la propagande propalestinienne et antisioniste. Or, depuis la fin des années 1960, la haine des Juifs, en France comme ailleurs, est portée par l’antisionisme radical ou absolu, mélange d’hostilité systématique à l’égard d’Israël, quelle que soit la politique du gouvernement en place, et de compassion exclusive pour les Palestiniens, quoi qu’ils puissent faire, actions terroristes comprises.

 

Nouvelle configuration antijuive

 

Le propalestinisme inconditionnel, qui est aussi l’un des thèmes mobilisateurs de l’islamisme radical, est désormais le principal vecteur de la haine des Juifs dans le monde. Le mythe victimaire construit autour du « peuple palestinien » transforme en louables opérations de « résistance » les pires actions terroristes visant des Juifs, en Israël ou ailleurs. En France, les manifestations dites propalestiniennes ou pro-Gaza de janvier et de juillet 2014 ont révélé les passions judéophobes. Le couplage des slogans « Allahou akbar » et « Mort aux Juifs ! », observé au cours d’un nombre croissant de ces manifestations violentes, constitue à la fois un résumé et un symbole de la nouvelle synthèse antijuive mondialement diffusée. Progressivement, le slogan « Palestine vaincra ! » est devenu un équivalent de « Allah vaincra ! » Une configuration qui tient aussi sa spécificité d’une instrumentalisation massive de l’antiracisme et de l’anti-impérialisme par les milieux néo-gauchistes « antisionistes »

 

Lire aussi : les banlieues ont été désertées par les juifs

 

L’antisionisme radical fait désormais partie des principaux marqueurs, avec l’antifascisme, l’anticapitalisme et l’antiimpérialisme, de l’esprit révolutionnaire, tel qu’il a survécu à la chute de l’empire soviétique et à la disqualification des régimes communistes résiduels.

Le contexte de la nouvelle configuration antijuive n’est plus national ni même européen ou occidental, il est devenu planétaire. L’erreur d’interprétation majeure de l’actuelle vague antijuive consiste à la réduire à un phénomène franco-français, à la penser sur le mode d’une répétition de l’affaire Dreyfus ou d’une « résurgence du fascisme », à y voir un retour des « années trente » ou à la France de Vichy. Dans ce domaine comme dans bien d’autres, l’illusion tenace d’une résurgence empêche d’observer les émergences. Elle aveugle aussi à la dimension planétaire du phénomène, dont la prise en considération oblige à un changement de regard, qui implique une décentration. La classique vision linéaire de « l’antisémitisme en France de Drumont à Le Pen », pensée-slogan d’une gauche impensante, inspire une méconnaissance du moment antijuif contemporain, dont les origines et les facteurs sont à chercher au moins autant hors de France que dans l’histoire de la France moderne et contemporaine. Il ne faut donc plus se tromper d’ennemi, en commençant par le désigner clairement : l’alliance islamo-gauchiste.

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