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La poésie en 2022

Avec Séculaires, l’un de nos plus grands poètes vivants, Olivier Barbarant, offre un bilan à la fois existentiel et historique des quarante dernières années. L’occasion de faire aussi avec lui celui de la poésie contemporaine.

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© Benjamin de Diesbach

Séculaires ressemble à un bilan. Pourquoi un tel besoin à un tel moment?

J’ai l’impression qu’il y a des auteurs qui coïncident avec leur temps, comme Hugo, par exemple, né en 1802 : il est le XIXe siècle. L’âge venant, je me suis rendu compte que pour ma part, et toute proportion gardée, j’étais plutôt, moi qui suis né en 1966, comme un Gide (1869-1950), de ces auteurs qui vivent entre deux siècles et portent dans le siècle nouveau quelque chose qui appartient à leur siècle de formation. Davantage que Gide, même, j’ai vécu quant à moi entre deux millénaires! Nous vivons comme une transition dans laquelle je ne suis pas sûr de me reconnaître pleinement. Ce n’est pas un effet de la nostalgie, mais plutôt une tentative de s’orienter.

Vous avez mêlé histoire personnelle et grande histoire si bien qu’on se demande à quel point l’histoire du monde conditionne notre propre calendrier…

L’un des poèmes qui m’ont le plus éclairé sur ce que j’étais en train de faire, c’est le poème sur 2001, qui consacre une strophe à la naissance de mon premier fils avec le millénaire, ce qui représente tout de même ma transformation en père, mais 2001, c’est aussi la chute des tours jumelles quelques mois plus tard. Qu’il y ait une naissance en même temps qu’un effondrement, explosion de vie et explosion de mort, me semble révélateur de cette espèce de choc que je constate. Je ne sais raconter l’Histoire qu’au plus près de l’intime et je ne crois pas qu’un poète puisse faire autre chose, que d’essayer de voir ce qui se joue en lui de la réverbération d’une époque.

Vous mettez en scène une opposition entre les archives photographiques, désormais démultipliées, et le simple souvenir comme vraie source du poème. La poésie est-elle un diaporama opposé à celui d’un compte Instagram?

L’idée me plaît! Une chose est certaine, nous n’aurons pas la représentation vraie, esthétique, celle qui va au cœur des choses, à travers cette démultiplication démesurée d’archives qui finit en nuage. Peut-être le tri de la mémoire est-il le seul moyen d’accéder à la pauvreté indispensable pour voir plus clair. L’art serait non un recueil, mais une manière de faire le vide nécessaire pour réévaluer les choses et à permettre l’avènement d’une pleine présence.

Les souvenirs présentent, plutôt qu’un diaporama, « un vitrail brisé », comme vous l’écrivez de la vie pour 2020…

Le vitrail brisé, c’est une double image de la fragmentation puisque le vitrail est un tout déjà fragmenté. Est-ce que ces fragments font unité ? J’ai le sentiment que oui, en tout cas, je suis plus apaisé avec ma propre mémoire, il y a quelque chose d’une cohérence née du jointoiement de ces morceaux épars qui sont un « moi » ou une mémoire. [...]

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