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La religion intérieure de M. Ferry

Nous connaissions les voix intérieures de Ste Jeanne d’Arc, la petite voie intérieure de Ste Thérèse, désormais nous pouvons apprendre la petite religion intérieure de Luc Ferry. Les auditeurs de la matinale de Radio Classique de ce lundi 16 novembre 2020, ont pu profiter une nouvelle fois des analyses brillantes et des prises de position tranchées de M. Ferry. Philosophe de profession, M. Ferry a partagé son opinion sur les engagements de catholiques partout en France qui réclament l’autorisation de pouvoir assister à la messe dans les églises, c’est-à-dire tout simplement pour la liberté de pratiquer leur culte.

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En effet, il semblerait que ces catholiques à l’ignorance crasse et à la foi théocratique se soient trompés de religion. Car il y la religion qu’ils veulent continuer de pratiquer dans une tradition poussiéreuse, et il y a la religion nouvelle de M. Ferry. Car il y a la religion obscurantiste accrochée à des pratiques médiévales de ceux qui croient aux sacrements, et la religion éclairée par des pratiques modernes de M. Ferry. Car il y a la religion de ceux qui croient que la santé de l’âme prime sur la santé du corps, et il y a la religion angélique de M. Ferry. Car il y a la religion de fidèles complètement stockholmisés par des dogmes, et il y a la religion autonome de M. Ferry. Car il y a la religion pharisaïque de ceux qui veulent donner corps à leur foi dans espace-temps donné, et il y a la religion enfin débarrassée de toute pratique encombrante de M. Ferry. Il y a la religion vulgairement extérieure d’une foule de fidèles, et il y a la religion intérieure de M. Ferry.

Le refrain de l’autonomie, de l’intériorité, est désormais trop connu pour nous tromper, mais il importe de le dénoncer encore publiquement. C’est le vieux refrain kantien du passage de l’hétéronomie à l’autonomie, il n’a produit que l’individualisme délétère qui mine aujourd’hui toute possibilité de construire une société

Selon M. Ferry, la religion chrétienne est la religion de l’intériorité tandis que l’extériorité serait l’apanage d’un autre monothéisme, comme il a eu lui-même le courage de ne pas le nommer. Et les deux extraits de la Bible cités à l’antenne (la femme adultère et un déjeuner avec des pharisiens) de justifier cette exégèse relativiste. Mais si M. Ferry se convainc encore des sophismes frelatés de la modernité, tel que ce dualisme cartésien là pour se donner bonne conscience de pratiquer la religion comme on l’entend dans son coin, ils ne convainquent plus que ceux qui comme lui confondent liberté et autonomie. Le refrain de l’autonomie, de l’intériorité, est désormais trop connu pour nous tromper, mais il importe de le dénoncer encore publiquement. C’est le vieux refrain kantien du passage de l’hétéronomie à l’autonomie, il n’a produit que l’individualisme délétère qui mine aujourd’hui toute possibilité de construire une société. Et si M. Ferry parlait vraiment avec une connaissance intérieure de ce que la foi catholique propose à ses contemporains en terme d’éthique, il saurait qu’entre ces deux extrêmes Jean-Paul II a trouvé l’intervalle suffisant pour proposer dans Veritatis Splendor une théonomie participée. La méconnaissance de M. Ferry est regrettable pour lui-même, pour les catholiques qu’il blesse par cette leçon grossière, et pour les auditeurs dont l’intelligence n’est pas respectée à cette occasion.

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Parce que s’il y a une religion qui assume la dimension corporelle de l’être humain c’est bien la religion catholique (l’incompréhension peut venir de ce que le rapport à cette dimension est vécu d’une façon ordonnée à un plus grand bien qu’est le bien de l’âme, et non pas d’une façon dérégulée). Car comme l’annonçait déjà St Grégoire le Grand à ses détracteurs : « Nous aimons le plaisir, et nous l’aimons plus que vous, car nous l’aimons d’une façon ordonnée. ». A travers la foi en Jésus-Christ fils de Dieu, les catholiques annoncent un Dieu fait homme (révélation unique dans l’histoire de l’humanité soit dit en passant), c’est-à-dire un Dieu qui a assumé pleinement la nature humaine, et qui l’a assumé jusqu’au bout, avec ses joies et ses peines, jusqu’à la mort sur la croix. Et les pères de l’Eglise d’ajouter : « Dieu s’est fait homme pour que l’homme se fasse Dieu ». C’est-à-dire que les catholiques annoncent qu’il y a dorénavant du corporel en Dieu. Et le moindre lecteur de Thomas d’Aquin pourrait expliquer l’ordonnancement du plaisir à la joie. Sans parler de la foi en la résurrection des corps … Bref les exemples et les arguments ne manquent pas pour démontrer toute l’importance de la dimension corporelle, et donc pas qu’intérieure, de la religion catholique. A votre dualisme je ne réponds ni âme d’un côté ni corps de l’autre, mais une âme dans un corps. Et c’est pourquoi justement la religion catholique ne peut échapper à une forme d’extériorité : parce qu’il croit qu’il est âme dans un corps, le catholique accepte que sa prière et sa foi en des réalités invisibles passe par des signes extérieurs visibles, cela s’appelle des sacrements, ils sont considérés comme étant essentiels par les catholiques, et la messe organise l’un de ces 7 sacrements.

De plus, dans le catéchisme de M. Ferry, nous apprenons que l’Eglise n’aurait jamais rendu la messe obligatoire. J’ai failli m’étouffer … Il faut dénoncer tout bonnement le mensonge de M. Ferry (cf. §1389 du Catéchisme de l’Eglise Catholique). L’attachement des fidèles à la messe est en fait multiple et choisi, au-delà de cette prescription. J’ai écrit multiple, j’en citerai deux aspects majeurs : la communion et la communion.

Pour ces fidèles la messe n’est pas obligatoire, mais elle est nécessaire en ce qu’elle est source et somme de leur vie spirituelle. Elle est pour eux un bien essentiel au même titre que n’importe quelle autre nourriture. Car pour le catholique, communier à l’occasion de la messe est ingérer une nourriture proprement spirituelle sous l’apparence d’un morceau de pain, une nourriture qui nourrit l’âme. Quand le catholique affirme qu’il souhaite communier le dimanche parce que cette nourriture spirituelle est aussi importante pour l’âme que la nourriture matérielle pour le corps, il ne fait que prolonger la fidélité dont les martyrs ont fait preuve avant lui : celle de ne pas renier leur foi car ils croient que l’âme survit au corps.

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