La défiance envers les hommes politiques professionnels est palpable : elle se traduit aussi bien par l’abstention que par l’émergence de mouvements de contestation comme les « gilets jaunes ».
Elle se traduit aussi par une tentation autoritaire comme le révèle un sondage réalisé, en octobre 2018, par l’Ifop pour Ouest-France : 41 % des Français se déclarent favorables à l’établissement d’un « pouvoir politique autoritaire » capable d’agir même si cela signifie moins de contrôle démocratique et 59 % sont d’accord pour confier la direction du pays à des « experts non élus » afin de mener des réformes « en profondeur » dont le contenu n’est, cependant, pas précisé.
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Comment expliquer et que peut signifier une telle résignation-aspiration ? Ces résultats expriment une incontestable désillusion des citoyens face aux promesses non tenues, une profonde déception vis-à-vis de l’impuissance politique face à la triple insécurité (physique et matérielle, économique et sociale, culturelle et morale) qui frappe la France. Ils souhaitent donc la convergence de la conviction et de l’efficacité, rejetant les discours creux et incantatoires. Ils réclament notamment plus d’autonomie locale (60 % estiment que l’État ne laisse pas assez de libertés aux collectivités territoriales).
Ainsi, nombre de Français ont-ils une saine réaction : la démocratie (comme tout régime politique d’ailleurs) n’est qu’un moyen et non une fin en soi ; en outre, celle-ci présente l’inconvénient, en raison de la versatilité de l’opinion publique, de ne pas permettre la mise en œuvre d’une politique sur le long terme. La raison d’être d’un régime est de favoriser la réalisation du bien commun ; s’il le freine voire l’empêche, il peut logiquement être mis de côté (ce qui ne signifie pas une hostilité de principe puisqu’en l’occurrence 85 % des personnes interrogées considèrent que les citoyens n’ont pas assez de pouvoir). La légitimité d’un régime s’enracine dans sa finalité et ses réalisations ; son bon fonctionnement s’appuie sur le fait d’associer, au niveau adéquat, les personnes concernées.
Colin Crouch a mis en évidence que, malgré les apparences (élections), les décisions ne sont plus vraiment prises par les citoyens mais par les institutions supranationales en concertation avec les entreprises a-nationales.
Prétendue scientificité
Autrement dit, dans un contexte de déclin, nombre de Français accepteraient (sur le mode romain) la dictature, c’est-à-dire de confier les pleins pouvoirs (de commandement) à une ou plusieurs personnes de confiance pour sauver l’existence et l’harmonie du corps social (salus populi suprema lex), mais rejettent les régimes corrompus, que sont la tyrannie ou l’oligarchie, qui détournent les institutions politiques de leur fin en ne s’attachant qu’à un intérêt particulier. Car, dans le même mouvement, les Français constatent l’impuissance et l’incompétence des actuels hommes politiques et identifient à 54 % les marchés financiers et à 49 % les entreprises multinationales comme le siège du pouvoir réel ; trois quarts d’entre eux déclarent que ceux-ci ont trop d’influence dans le pays.
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Le contenu de cette enquête présente un risque : servir de justification à une emprise grandissante de la déjà bien réelle « post-démocratie ». Colin Crouch a, en effet, mis en évidence que, malgré les apparences (élections), les décisions ne sont plus vraiment prises par les citoyens mais par les institutions supranationales en concertation avec les entreprises a-nationales. Le concept de gouvernance est sournoisement substitué à celui de gouvernement pour évacuer les choix philosophiques au profit d’une prétendue scientificité de la décision et de sa supposée efficacité en particulier économique. Le débat politique est, en outre, confisqué par les médias (hiérarchisant et sélectionnant les informations) et les lobbys (délimitant ce qu’il est permis de penser en raison de leurs propres intérêts).
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Ce qui est souhaité par les Français, c’est la fermeté du gouvernement, pas le coup d’État technocratique. Ce qui est attendu, c’est l’établissement d’objectifs et de perspectives clairs, non une politique faite de tâtonnements et de revirements. L’autorité sans la quête de la vérité, la compétence sans la recherche de la justice sont vaines et même malsaines.





