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Comme je traversais un village endormi, une fenêtre éclairée, de loin en loin, m’indiquait qu’on veillait. Insomniaque chronique, travailleur tardif ou enfant qu’une lumière rassure. La ville n’en paraissait que plus paisible. La lumière du veilleur ne s’impose pas comme certains réverbères orgueilleux ou ces halls de bureau vainement illuminés alors qu’ils sont vides.
La lumière du veilleur ne propose rien et laisse chacun l’ignorer ou se réjouir de cette vie discrètement présente. Comme la petite veilleuse rouge qui, dans les églises presque désertes, signale le tabernacle où reposent les hosties consacrées, minuscule signe d’une infinie puissance divine recélée dans peu d’espace.
Certains veillent par devoir, veilleur ou veilleuse, sentinelle guettant l’aurore, garde-malade ou concierge de nuit, soldat solitaire ou berger attentif. Tel est le rôle du veilleur : attendre que la nuit passe, sentir sur soi le poids de ceux qui dorment – ou qui sont morts – et qu’on accompagne, rester en place, demeurer.
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Le vigilant, lui, est plus actif. Dans sa version américaine, flanqué d’un e final, il patrouille, il enquête, il se bat. Le vigilante est un citoyen conscient : il juge, il exécute. Ses méthodes sont discutables mais c’est pour le bien de tous. Il fait régner son ordre, il l’impose à son environnement, il est protecteur, guide et prophète, qui l’aime le suive et qui ne le suit pas forcément pactise. Celui qui n’est pas entrainé devient suspect. Il est même plus facilement suspect que les « méchants » qui avaient déclenché la traque initiale.
Le vigilant, contrairement au veilleur, est mobile, fluide, liquide, interstitiel, intersectionnel. Il sait que le mal est partout et d’abord dans le cœur de son voisin. Bref, le vigilant est woke : il est là pour nous réformer, nous régénérer, quitte à nous anéantir.
Celui qui n’applaudit pas l’épuration sociale à laquelle se livre le vigilant révèle au vigilant de nouveaux abîmes maléfiques. Ce dernier ne part plus en chasse contre les malfaiteurs objectifs, il va désormais pister les opinions. Le vigilant, contrairement au veilleur, est mobile, fluide, liquide, interstitiel, intersectionnel. Il sait que le mal est partout et d’abord dans le cœur de son voisin. Bref, le vigilant est woke : il est là pour nous réformer, nous régénérer, quitte à nous anéantir.
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Emmanuel Macron nous a appelés à la vigilance. Surveillez-vous les uns les autres comme je vous surveille. Considérez attentivement votre prochain. Ne vous demandez pas ce que vous pourriez faire pour lui mais posez-vous la question de ce qu’il fera contre vous. Votre liberté est à ce prix : que nos yeux soient nos barreaux. En vérité, Macron nous le dit : la vigilance est une valeur de la république car elle exige du citoyen qu’il soupçonne et dénonce, comme aux heures glorieuses de l’avènement du règne de la Liberté, de l’Égalité et de la Fraternité. Oui, nous sommes frères parce que nous partageons cette claire conscience que nous pouvons tous trahir et que nous considérons que notre devoir est de nous surveiller tous les uns les autres. Résumons-nous : la vigilance républicaine est une vertu d’inquiétude permanente et de soupçon généralisé. Il n’apparaît pas que la vigilance soit de droite.
Richard de Seze
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