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Langues régionales : les derniers Alsaciens

La langue alsacienne et l'imaginaire qu'elle charrie - Vosges, Hansi, Oberlé - sont en voie de disparition, grand-remplacés par l'urbanisation des campagnes et la macdonaldisation des esprits.

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© DR

Je fais partie des rares Strasbourgeois ayant eu des grands-parents et des parents parlant majoritairement alsacien sans que cela pose le moindre problème à l’école. Dans l’après-guerre, parler alsacien était fort mal vu : « Il est chic de parler français » était le mot d’ordre. Pour nous, dans les années 1980, c’était théâtre alsacien une fois l’an pour un conte de Noël et passage obligé au cabaret de La Choucrouterie – voilà pour la partie culturelle. Qui était aussi alimentée au collège par le cours de « langue et culture régionale », seul moyen pour un jeune Strasbourgeois d’avoir une vision historique et sensible de sa région. Par chance, une partie de la famille résidait dans la campagne : là, changement radical, quasiment tout le monde parlait l’alsacien, du plus jeune au plus âgé. La campagne dans ces années-là c’était encore le café du village, où les vieux tapaient le carton en buvant un demi ou du vin blanc et les maisons où l’on ne chauffait que la « Stub », la pièce centrale, pendant qu’on était frigorifié dans les chambres et les couloirs.

La campagne dans ces années-là c’était encore le café du village, où les vieux tapaient le carton en buvant un demi ou du vin blanc et les maisons où l’on ne chauffait que la « Stub », la pièce centrale

Les campagnes désormais sont urbanisées, les centres commerciaux pléthoriques et McDo et kebabs font la guerre aux restaurants à tartes flambées qui restent pourtant encore le rendez-vous incontournable du repas de famille le dimanche soir, alors que dans les plus gros bourgs et villes, ce sont les « winstubs », ces restaurants traditionnels qui font de la résistance. Ici, nappes à carreaux, verre à vin au long pied vert et « rutscherle », ces verres-gobelets qui ne sont pas que des objets folkloriques mais d’authentiques outils de résistance où l’on sert une choucroute garnie ou des jambonneaux braisés. Inutile de dire qu’à Strasbourg, l’alsacien devient fantomatique : le seul moment où l’on croise encore des locuteurs, c’est au marché, chez les plus âgés qui papotent entre eux et qui sont toujours fort étonnés que je puisse leur répondre. Les régionalistes ont beau râler, trop souvent ils ont fait de la défense de l’alsacien un acte d’anciens combattants, comme s’il fallait être vieux et râleur pour essayer de sauver l’identité régionale et la langue. Leur haine de la dissolution dans le Grand-Est, aussi légitime soit-elle masque aussi leur échec à maintenir vivante l’identité alsacienne, qui se noie dans un folklore plastifié. [...]

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