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Langues régionales contre Marianne : deux siècles de combats

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Publié le

19 juillet 2021

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Depuis la Révolution de 1789, des voix s’élèvent pour défendre les parlers régionaux. Une grave question vite posée et vite écartée.
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Face au grand éteignoir unificateur et massificateur de la Révolution française et de l’Empire, se dressent dès la Restauration et surtout sous la Monarchie de Juillet et le règne de Napoléon III des initiatives provenant de notables locaux. En réaction au jacobinisme et au centralisme, les premières sociétés savantes voient le jour dans les provinces : l’Association normande en 1832 à Caen, l’Association bretonne créée à Vannes en 1843, le Comité flamand de France en 1853 ou encore le Félibrige en 1854, dont le but est le rayonnement de la langue provençale, composante de ce que l’on nomme aujourd’hui l’occitan. Le romantisme s’éprend des idiomes ruraux comme le montre, par exemple, l’oeuvre du barde Auguste Brizeux (1803-1858), ami de Vigny et d’Hugo.

Rappelons que ces structures ne disposent pas encore d’un statut légal puisque les associations ne seront reconnues en France qu’en 1901. Au sein de ces groupes militants, on trouve des noms qui résonnent encore aujourd’hui de façon familière aux oreilles de ceux qui s’intéressent à la question des langues régionales : Edmond de Coussemaker (1805-1876) dans les Flandres, Théodore Hersart de La Villemarqué (1815-1895) en Bretagne ou encore Frédéric Mistral (1830-1914) en Provence et le chanoine Joseph Roux (1834-1905) en Limousin. Les deux premiers seront membres de l’Institut, le troisième prix Nobel de littérature.

Les félibres à l’offensive

Ce combat pour les langues régionales prendra un tour plus politique en 1892 avec la Déclaration des félibres fédéralistes de Charles Maurras (1868-1952) et Frédéric Amouretti (1863-1903). Ce texte bilingue d’inspiration proudhonienne bouscule les radicaux-socialistes d’Occitanie dont l’intérêt pour le parler local n’est qu’une démarche folklorique. Les pétitionnaires réclament la création d’assemblées régionales à Bordeaux, Toulouse, Montpellier et Aix-Marseille. Ils demandent le retour immédiat aux antiques libertés communales et la fin de la tutelle préfectorale pour ces collectivités. Les principaux promoteurs de cette initiative se rallient d’ailleurs assez vite à l’idée monarchique en contribuant à l’essor de la jeune Action française, fondée en 1899. Charles Maurras sera lui-même l’un des majoraux du Félibrige à compter de 1941 et écrira de nombreux vers en provençal que l’on retrouve par exemple dans La Musique intérieure (Grasset, 1925). 

Lire aussi : Langues régionales : Bastille contre Babel

La Seconde Guerre mondiale est un moyen pour la République d’instrumentaliser à la Libération certaines dérives collaborationnistes ou autonomistes de militants bretons (Olier Mordrel), flamands (l’abbé Gantois) ou corses (Petru Rocca) contre la promotion des langues régionales. Par un arrêté pris le 24 décembre 1941 par le ministre de l’Instruction publique de l’État français, Jérôme Carcopino (1881-1970), d’origine corse, les instituteurs publics peuvent enseigner les langues dialectales à leurs élèves des écoles primaires en dehors des heures de cours habituelles. Cette politique généreuse quoique peu suivie d’effets est abrogée à la Libération. Il faut attendre la loi du 11 janvier 1951 initiée par un député socialiste du Tarn, Maurice Deixonne (1904-1987), pour retrouver une timide législation favorable à l’enseignement des langues régionales. Elle est saluée par Charles Maurras peu avant sa mort.

Virage à gauche

Les évènements de 1968 amorcent un retour en force des idées régionalistes dans les débats culturels et politiques. Elles sont souvent portées par le gauchisme et l’anarchisme. Mais le général de Gaulle lui-même s’adresse en breton à la foule venue l’acclamer à Quimper au début de l’année 1969. Des écoles privées associatives bilingues ou en immersion voient le jour un peu partout : Ikastola (« école ») au Pays basque dès 1969, La Bressola (« le berceau ») en Catalogne et Scola Corsa en Corse en 1976, Diwan (« germer ») en Bretagne en 1977, Calandreta (« petite alouette ») en Occitanie en 1979… Les langues régionales sont désormais sorties de la marginalité mais doivent répondre à un nouveau défi : être transmises aux nouvelles générations alors qu’elles sont de moins en moins utilisées dans la vie quotidienne. D’autant plus que le puissant ministère de l’Éducation nationale peine à s’ouvrir à la diversité régionale.

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