Laura Magné est venue à l’édition de façon autodidacte. La trentenaire, qui assume son héritage catholique et s’apprête à lancer sa propre maison d’édition, n’a en effet pas suivi de cursus dans les métiers de l’édition, mais a étudié les lettres modernes et la philosophie. Originaire du sud-ouest, c’est à l’université du Mirail, haut lieu de l’enrichissement et de la diversité, qu’elle poursuit ses études. Ne souhaitant pas s’orienter vers l’enseignement, mais voulant vivre d’une passion véritable pour la littérature, elle entre dans l’édition en travaillant, alors qu’elle est encore étudiante, pour une petite maison locale, Privat. Cependant, comme elle le dit elle-même, « dans l’édition, beaucoup de choses se passent à Paris », et elle gagne ainsi la capitale, où elle ne tardera pas à être prise en stage chez l’éditeur Ring, chez qui elle occupera alors quasiment tous les postes imaginables de la chaîne de production d’un livre, de la conception à la fabrication, en passant par la presse et l’administratif, six ans et demi durant, avant de décider de voler de ses propres ailes, aux côtés de trois auteurs phares de la maison, Laurent Obertone, Papacito, et le dessinateur Marsault.
Si elle ne révèle évidemment pas le contenu éditorial de sa future maison, elle garantit tout de même qu’il sera pluriel
Si cette nouvelle avait fait la joie de la gauche, qui y voyait la fin de sa précédente maison, elle sera déçue d’apprendre « qu’ils trouveront malheureusement preneurs de leurs dégueulis mentaux ailleurs » (in « Journal d’un antifa »).
Ce n’est en effet une surprise pour personne que c’est aux côtés de ses trois compères qu’elle fonde sa maison d’édition, au nom « latino et viriliste », selon les journalistes d’investigation de Libération, qui ont réussi à le découvrir avant l’annonce officielle. Nous ne dévoilerons pas de notre côté ce nom, préférant laisser à nos lecteurs l’opportunité de se donner le frisson de devenir, eux aussi, des journalistes d’investigation de Libé. Peut-être notre lectorat saisira mieux la subtilité du choix de Laura. Mais avant cela, Laura Magné a une autre annonce : avec ses trois caballeros, elle lance La Furia, une revue qu’elle décrit comme proche de l’esprit Hara Kiri. Autant dire que l’on peut s’attendre à du lourd.
Et s’il peut paraître paradoxal (et épuisant) de se lancer de nos jours dans une aventure éditoriale, alors que la télé-réalité et l’infotainment semblent dominer le verbe, Laura Magné ne partage pas cette vision pessimiste : « Je sens de la part de la jeune génération un véritable besoin de qualité, que ce soit en littérature, en histoire. Beaucoup demandent à Papacito des références de livres sur l’histoire de France, notamment ».
Pour ce faire, elle s’apprête à vivre de nombreuses nuits blanches. En effet, Laura Magné compte au début tout superviser dans sa maison : « Je sais que ça va être épuisant », explique-t-elle, mais elle semble mettre un point d’honneur à s’assurer que d’un bout à l’autre, tout soit aux petits oignons. Si elle ne révèle évidemment pas le contenu éditorial de sa future maison, elle garantit tout de même qu’il sera pluriel. Mais pas question de publier à tour de bras pour espérer faire du chiffre : « Le but est de privilégier le qualitatif au quantitatif, pas de sortir plein de livres en espérant qu’il y en ait un qui marche et paie pour les autres » explique celle qui sur Twitter se définit comme « éditrice d’ouvrages non polémiques. Et pas que ».
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Si Laura Magné semble nerveuse au premier abord, à l’idée de se lancer dans un exercice auquel elle n’est pas rompue, elle qui a toujours œuvré dans l’ombre, on découvre au fur et à mesure que cette introversion (« pas de la timidité », elle insiste !) cache une poigne certaine, et quelqu’un qui sait ce qu’il veut, et sait mener sa barque.
Elle ne peut citer ses auteurs favoris ou les livres qu’elle conseillerait (il y en a trop, mais quand même Les Filles du feu, de Nerval, ou Les Souffrances du jeune Werther), sa littérature de cœur est celle du XIXe siècle, et sa période favorite le romantisme. « Dans un autre registre », elle confie son amour pour les stoïciens, ce qui ne nous étonne guère : là, elle conseille Pensées pour moi-même, de Marc-Aurèle, et le Manuel d’Épictète. Du côté de la littérature moderne, Michel Houellebecq, évidemment, avec Extension du domaine de la lutte et La Possibilité d’une île, « pour quelqu’un qui n’a jamais lu de littérature “classique” ». « Les littéraires sont souvent de grands mélancoliques », nous affirme-t-elle. Et comment lui donner tort ? L’avenir s’annonce en tout cas plus radieux que mélancolique pour Laura Magné… quoique sacrément épuisant !





