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Le continent périphérique

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Publié le

20 juillet 2020

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C‘est un peu l’angle mort de la presse et de la diplomatie françaises. On s’intéresse d’abord, et c’est bien naturel, à l’Afrique et au Moyen-Orient, aux États-Unis et à la Russie. Mais on ne s’aventure que très rarement au-delà. « Grande puissance moyenne », selon la formule consacrée, la France ne pourrait plus avoir de diplomatie mondiale au-delà des discours et des bonnes intentions.
Edito monde

Dans cet ancien pré carré hispanique, la France a dans le passé tenté quelques incursions, en Argentine, au Brésil ou au Mexique. Aujourd’hui, elle se contente d’entretenir à grands frais ses anciens comptoirs antillais et guyanais. L’Amérique du Sud est désormais la chasse plus ou moins gardée des États-Unis, la superpuissance du XXe siècle.

Oscillant entre dictatures ultra-libérales et expérimentations socialistes, le populisme y a pris racine tandis que l’Église catholique perdait du terrain au profit d’une kyrielle de sectes protestantes

D’un siècle à l’autre, entre deux luttes intestines, les pays latinos ont causé bien du souci à leurs mentors stratégiques. Oscillant entre dictatures ultra-libérales et expérimentations socialistes, le populisme y a pris racine tandis que l’Église catholique perdait du terrain au profit d’une kyrielle de sectes protestantes. Certes l’anti-américanisme continue d’y diviser le débat public, mais les États-Unis ont globalement terminé leur conquête culturelle du sous-continent. Ils ont parachevé la fameuse doctrine Monroe de 1823, selon laquelle l’Europe n’y a plus rien à dire.

Tout ce qui se passe au sud du Rio Grande jusqu’en Patagonie intéresse exclusivement Washington. L’Amérique latine est devenue un continent d’évangéliques qui s’est nord-américanisé dans des proportions équivalentes à l’hispanisation de la société étasunienne.

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De l’autre côté du globe, exactement comme les Etats-Unis cherchent à endiguer l’expansion chinoise en Eurasie, Pékin aimerait contester l’hégémonie yankee entre Mexico et Buenos Aires et desserrer par la même occasion la nasse indo-pacifique. L’URSS en a joué, à l’époque de Castro et Allende, donc la Chine n’a aucune raison de s’en priver. Mais elle manœuvre avec ses propres armes, non pas des missiles stratégiques et des bases militaires mais des marchandises et des contrats. Pour l’instant.

D’un point de vue stratégique, l’Amérique du Sud reste, il est vrai, le continent périphérique par excellence. D’un point de vue culturel et religieux, Français et Européens ne peuvent le négliger. L’avenir de la chrétienté passe aussi par Quito et Lima.

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