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Le Corbusier : “bouc émissaire idéal”

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Publié le

24 juin 2019

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Le Corbusier, architecte et urbaniste des années 50, est aujourd’hui accusé de tous les maux. Qui de mieux que les défunts architectes pour se présenter coupables des violences de la cité ?

 

 

Charles-Édouard Jeanneret dit Le Corbusier, devient les années passant, le bouc émissaire idéal, pour endosser le bilan d’une architecture qu’il n’a pas signée, qui lui est à peine contemporaine, et dont les vertus furent dévoyées par des seconds couteaux. La déjà fameuse crise du logement aidant, il s’agissait aussi de satisfaire les exigences d’un lobby des industriels du béton combien puissant en France, et de politiciens aux ordres, comme leurs successeurs le sont aujourd’hui face à Vinci, Bouygues, ou Eiffage. C’est pourtant à Le Corbusier qu’on fait opportunément porter le chapeau, alors que tout ce qu’il a écrit, dessiné, ou construit, le situe aux antipodes de ce dont on l’accuse. Ce n’est d’ailleurs même plus un chapeau, c’est une collection complète de couvre-chefs, du bonnet d’âne à la casquette de nazi, en passant par le béret de collabo, tant il est commode d’imputer à un mort des fautes qui furent collectives, et qui outrepassent de très loin l’influence qu’on peut reconnaître à un architecte, si brillant fut-il. 

 

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Depuis déjà longtemps accusé d’avoir entassé de pauvres hères dans des clapiers à lapin -contrariant ainsi leur épanouissement social et leur intégration à la France des Trente glorieuses, Le Corbusier est désormais officieusement coupable du devenue-banlieue de la France et de ses corollaires, l’immigration et l’ensauvagement des enfants d’immigrés. Non content d’avoir imposé un cadre de vie délétère aux richesses-pour-la-France, c’est que celles-ci tournent racaille qui est subtilement reproché à un homme qui s’est pourtant noyé en 1965, bien avant que les difficultés mettant à mal le sacro-saint vivre-ensemble n’éclatent au visage des Français. Qui se souvient des bidonvilles qui encerclaient Paris, de celui de Nanterre notamment, dont les sentes boueuses étaient dominées par les premières tours de La Défense ? Qui a encore en mémoire les listes d’attente pour obtenir un de ces logements flambant neuf, confortable, muni d’une cuisine et d’une salle-de-bain séparées ? 

 

Ce n’est même plus un chapeau qu’on lui fait porter, c’est une collection complète de couvre-chefs, du bonnet d’âne à la casquette de nazi, en passant par le béret de collabo.

 

Les casseurs de boîtes-à-lettre s’offusquent de ne plus recevoir de courrier, et on en accuse les architectes, au lieu de s’interroger sur un transfert de population très idéologiquement encouragé, au profit de nouveaux venus qui ont imposé leur organisation sociale et souvent tribale, faisant fuir les anciennes couches populaires, qu’on peut, selon la nomenclature sociologique post-mitterrandienne, baptiser de petits-blancs. Il sera aussi reproché au bâtisseur de la chapelle de Ronchamp d’avoir imaginé, alors qu’il était jeune architecte et comme il était courant de le faire à l’époque, un projet utopiste d’une ville de trois millions d’habitants qu’il se proposait d’ériger en pleine nature. Les dessins séduisirent le pionnier de l’aéronautique Gabriel Voisin, qui finança des études complémentaires en proposant d’appliquer le projet en plein cœur de Paris. Ce fut le Plan Voisin. La plupart des historiens s’accordent à voir dans cette étude une initiative de Le Corbusier pour gagner en notoriété, et il fut exaucé au delà de toutes ses espérances. Mais ni lui ni Von Choltitz ne massacrèrent le centre de la capitale. Il fallut pour ce faire que Pompidou, Mitterrand et les deux derniers maires de Paris s’y attèlent, celui en exercice, avec une particulière frénésie. 

 

 

Déjà soupçonné de sympathies bolchéviques et fascistes – quand on aime on ne compte pas -, voici qu’une nouvelle accusation tombe. Jamais à court d’idée pour salir la mémoire d’hommes qui ont connu les années quarante, et sans présumer de ce qu’eux-mêmes auraient fait ou pensé s’ils avaient traversé cette période troublée, quelques Torquemada en mal de victimes se piquent d’accuser Le Corbusier de pétainisme actif, s’avisant qu’il avait apporté son concours ponctuel comme conseiller pour l’habitat, à la Fondation française pour l’étude des problèmes humains, un institut d’études scientifiques créé par Alexis Carrel sous Vichy, repris en main en 1946 par Robert Debré, et à l’origine du futur INSERM. En dépit de son prix Nobel de médecine, Carrel a intégré depuis longtemps le club des réprouvés, et l’heure étant à la curée, Le Corbusier pourrait vite l’y rejoindre. On entend déjà scander “À bas les intellectuels !” “Corbu, on aura ta peau !” Fidèle chantre de la France des Bidochon, et ennemi déclaré d’une architecture classée à l’emporte-pièce comme antisociale, Michel Onfray est lui aussi tombé dans le panneau, au point de divaguer sur une œuvre que d’évidence il abhorre, et se confortant ainsi dans la diatribe anti-élites qui a fait sa gloire. 

 

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Sa charge contre celui qui demeure une icône mondiale de l’architecture, est si caricaturale qu’on se demande s’il ne le fait pas exprès, pour entretenir sa patine d’autodidacte ayant appris à lire assis sur un tas de charbon. Il n’empêche, en déclinant pour tous, ce qu’il avait d’abord conçu pour une élite éclairée, Le Corbusier démontra concrètement sa fibre sociale, et le fait d’avoir été mal compris, et de toujours l’être semble t-il, ne saurait en faire un salaud.

 

Jean Barbier

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