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Directeur de l’Observatoire de l’islamisation, Joachim Véliocas est l’auteur de nombreux ouvrages, dont Ces maires qui courtisent l’islamisme et Mosquées radicales : ce qu’on y dit, ce qu’on y lit. Son dernier livre, L’Église face à l’islam (Éd. de Paris, 2018), est l’effarante chronique de la soumission d’une Chrétienté qui a renoncé à combattre, et, pire, à croire en elle-même.
Vous avez démontré, dans un précédent livre, comment les élus locaux pensent acheter la paix sociale et s’assurer une clientèle électorale en favorisant la construction de mosquées, vous dénoncez ici les compromissions, lâchetés, naïvetés de l’Église. Que cherche l’épiscopat en se montrant si bienveillant à l’égard de l’islam ?
L’épiscopat a pour boussole une flèche de direction lui indiquant de « sympathiser à tout prix » avec les musulmans, qui comporte une série de préalables : dire du bien de l’islam, dialoguer en évitant les sujets qui fâchent avec tous les interlocuteurs, jusqu’aux salafistes ou de la mouvance Frères musulmans, et approuver les projets de mosquées. Les prélats cherchent à créer des liens d’amitié, cela est louable, mais ils auraient dû être les premiers à alerter il y a vingt ans sur le danger des mouvances radicales et appeler à une fermeté gouvernementale. Cette alerte n’est jamais venue.
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Le « dialogue interreligieux », qui est en fait le dialogue «islamo-chrétien», vous paraît-il utile, ou, au contraire, dangereux ?
Le dialogue est nécessaire, surtout pour évoquer les modalités du vivre-ensemble et poser les questions indispensables sur le droit des personnes musulmanes à changer de religion, par exemple. Il y a plusieurs niveaux dans le dialogue, celui où on parle des sujets de la vie courante pour sympathiser, celui où il faut « mettre les pieds dans le plat » pour clarifier le projet de cohabitation dans une même société.
L'islam, combien de divisions ? C'est dans #lincorrect du mois ??https://t.co/nhZwkoPbZZ pic.twitter.com/6RbP2rV4tU
— L'Incorrect (@MagLincorrect) January 7, 2019
Par contre, le dialogue au niveau doctrinal ne mène pas à grand-chose, étant donné que chacun campe sur ses convictions profondes, mais dans la pratique, il mène des évêques à approuver l’irruption de mosquées radicales devant les imams. Par exemple quand Mgr Ricard va à la mosquée de Pessac, notoirement salafiste (avec une dizaine de fichés FSPRT), dénoncer la « peur » des Français quant à la multiplication des mosquées (avril 2015).
À Strasbourg, Mgr Doré a défendu le projet de Grande Mosquée financé par les collectivités locales, lieu où a été accueilli le ministre saoudien des Affaires islamiques. Le cardinal Barbarin, lui, s’est fendu d’un communiqué de soutien pour le projet d’Institut français de civilisation musulmane de Lyon, financé sur fonds publics, alors que ses dirigeants ont demandé la libération de Tariq Ramadan !
Des exemples comme ceux-là sont pléthore. On comprend que le dialogue s’est mué en soutien de la progression de l’islam en France. Mgr Dominique Lebrun avait eu cette phrase incroyable de soumission en 2010 devant les musulmans de Saint-Etienne : « Les chrétiens ont du mal à comprendre la présence de mosquées sur le territoire qu’ils considèrent comme le leur. Cette pensée n’est pas juste, et autant que cela m’est donné comme une grâce de Dieu, je veux demander pardon ».

Nous en sommes arrivés au point où des terrains sont offerts par des paroisses pour y édifier des mosquées, où des évêques assistent à leur inauguration. Naïveté ? Ignorance ? Oubli de la mission apostolique ? Les trois ?
Les trois ! Lors de mon enquête, je me suis aperçu que beaucoup de chapelles et bâtiments paroissiaux ont été offerts aux musulmans depuis les années soixante-dix. En 1972, l’archevêque de Lille, Mgr Gand, expliquait son geste d’offrir une chapelle comme « un défi au racisme » ! À Nantes, en 1984, la chapelle Saint-Christophe fut donnée à l’UOIF qui a construit à son emplacement une grande mosquée avec minaret en 2009. La mouvance tabligh est aussi choyée avec des locaux paroissiaux loués à Lyon ou cédés au Mans.
Les prélats ont une ignorance des fondements doctrinaux de l’islam. Ils se contentent de ce que veulent bien leur servir les imams comme discours. Quant à la mission apostolique, elle n’a plus de sens pour beaucoup, étant donné que « l’islam est un autre chemin qui mène à Dieu », selon le père Vincent Feroldi, nommé par les évêques à la tête du Service des relations avec les musulmans. « Ce n’est pas la doctrine de l’Église catholique que de vouloir convertir les musulmans », m’a expliqué doctement le directeur de la formation du Collège des Bernardins, Antoine Arjakovsky, alors que je venais l’informer qu’il avait embauché un professeur d’islam au profil trouble. Mais certains évêques tiennent bon et pensent l’évangélisation des musulmans, comme Mgr Cattenoz et Mgr Rey, parmi d’autres.
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Un autre tournant semble être l’élection du pape François. Dans l’exhortation apostolique Evangelii gaudium, donnée à Rome en 2013, il écrit que « le véritable islam et une adéquate interprétation du Coran s’opposent à toute violence ». Que pensez-vous de cette lecture du Coran ?
Les rédacteurs de l’exhortation ont-ils lu et étudié les 230 versets violents du Coran ? Cette lecture a choqué les islamologues, car les exégètes autorisés de l’islam comme Ibn Kathir († 1313) ou Tabari († 923) insistent sur la nécessaire punition physique ici-bas pour les mécréants pour le premier, et sur la haine qu’il faut avoir envers eux en cas de supériorité pour le second. Aussi, les règles de lecture font que les « versets de l’épée » et les sourates médinoises, très claires sur la guerre à mener aux chrétiens et juifs afin qu’ils « payent le tribut en étant humiliés » (sourate IX), abrogent les sourates plus clémentes de l’époque mecquoise.
Alors comment expliquez-vous cette phrase du pape ? Imagine-t-il qu’il puisse y avoir une « interprétation » chrétienne du Coran ?
Le pape voulait le rétablissement du dialogue avec l’université Al-Azhar au Caire, rompu suite à l’observation de Benoît XVI dénonçant les persécutions des Coptes. Ses déclarations successives sur l’islam ont été si bienveillantes, le dédouanant systématiquement de toute causalité à l’actualité violente, que les échanges avec la prestigieuse institution sunnite ont repris.
L’interprétation chrétienne du Coran est simple : saint Jean-Baptiste étant le dernier prophète à avoir annoncé le Messie, le Coran est à classer parmi les élucubrations des « faux prophètes » dont la venue est clairement annoncée dans l’Évangile. Je ne sais pas comment le pape interprète ce livre.
Comment expliquez-vous que le sort réservé aux chrétiens d’Orient ne suscite pas de sursaut ?
La mobilisation pour eux est grande en France chez les fidèles ; chez les prélats, c’est plus mitigé : beaucoup veulent croire que les djihadistes ne font qu’instrumentaliser l’islam, et, pire, qu’« il faut faire très attention à ne pas diaboliser tous les djihadistes » selon Mgr Dagens, évêque émérite et académicien.
Le cardinal Ratzinger – il n’était pas encore Benoît XVI – avait parlé de l’islam comme d’une religion « totalisante », où « la charia impose sa marque à la société du commencement à la fin ». Y a-t-il encore des prélats qui le pensent et qui osent le dire, bref, qui résistent, et à l’islamisation, et au discours dominant de l’Église catholique ?
Oui, il y en a. Je pense au cardinal Burke qui a dit : « L’islam est une menace dans le sens où il veut gouverner le monde », ou au cardinal Biffi qui plaide pour une préférence chrétienne pour l’immigration choisie. Mais les prélats qui tirent la sonnette d’alarme sont trop souvent des orientaux comme les archevêques d’Alep, de Mossoul, de Hassaké, et le fougueux père Henri Boulad d’Alexandrie, mon préfacier.
La laïcité à la française vous paraît-elle un principe efficient ou, au contraire, un piège ?
Ce type de laïcité refuse la préférence civilisationnelle, et les programmes scolaires font donc l’impasse sur l’histoire de nos grands saints et sur le rôle prépondérant des ordres monastiques dans l’édification de l’Europe, un bloc culturel cohérent qui ne serait pas sans le christianisme.

L’ÉGLISE FACE À L’ISLAM, Joachim Véliocas, Éd. de Paris, 240 p. [/vc_column_text][/vc_column][/vc_row]





