À l’approche de la Coupe du monde de football, d’aucuns en profitent pour vilipender le sport « business » et rapprocher notre époque de la Rome du panem et circenses. Une Rome païenne pourtant plus religieuse que notre monde actuel. Mais c’est pire que cela. On serait tenté de penser que le sport aujourd’hui est incompatible avec la religion, et notamment la religion chrétienne, avec des compétitions le dimanche, des sportifs sur-adulés, etc. Il semblerait bien que le sport soit devenu le nouveau dieu d’un monde profondément agnostique voire athée. Le nouveau veau d’or est le « dieu Stade ».
Pourtant il semblerait contre toute attente qu’il reste pour les chrétiens un « Dieu du stade » qui nous offre une couronne impérissable. Le sport chrétien commence avec l’apôtre Paul qui se sert de la métaphore pour illustrer la réalité du combat spirituel en 1 Corinthiens 9,24-27 : il y compare la vie chrétienne à une course que nous réalisons pour « remporter le prix » qui est « une couronne impérissable ». En 2 Timothée 2,5 saint Paul poursuit : « L’athlète n’est pas couronné s’il n’a pas lutté en respectant les règles ». Il emploie également une analogie avec l’athlétisme en 2 Timothée 4,7 : « J’ai combattu le bon combat, j’ai terminé la course, j’ai gardé la foi ». Si Paul utilise ces images, c’est que nous sommes des êtres à la fois physiques et spirituels. Si, d’un point de vue biblique, l’aspect spirituel de notre être est plus important, nous ne devons pas pour autant négliger notre santé physique et devons honorer le corps que Dieu nous a donné.
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« “Donner le meilleur de soi-même” est sans aucun doute une expression qui s’applique à la fois au sport et au domaine de la foi », a déclaré le cardinal Kevin Farrell – prélat catholique irlandais, ayant obtenu en plus la nationalité américaine (il est préfet du dicastère pour les laïcs, la famille et la vie depuis août 2016) – en présentant un nouveau document intitulé Donner le meilleur de soi-même. Ce texte « fait référence » selon le préfet, « au discours du pape François, adressé aux associations sportives le 7 juin 2014, à l’occasion du soixante-dixième anniversaire du Centre sportif Italien », mais aussi à d’autres interventions comme l’exhortation apostolique Gaudete et exsultate § 11 où le pape écrit : « Ce qui importe, c’est que chaque croyant discerne son propre chemin et mette en lumière le meilleur de lui-même, ce que le Seigneur a déposé de vraiment personnel en lui ».
Une foi qui d’ailleurs, continue-t-il, « rappelle l’effort, le sacrifice qu’un sportif doit assumer comme une constante de sa vie pour obtenir une victoire ou simplement pour atteindre le but. Mais aussi dans le domaine de la foi, nous sommes appelés à donner le meilleur de nous-mêmes pour arriver à la sainteté ». Le cardinal Farrell souligne qu’il s’agissait du « premier document du Saint- Siège sur le sport » : même s’il existe « des discours et des messages de divers pontifes adressés au monde du sport ». Ce n’est d’ailleurs pas étonnant car à titre d’exemple si le pape Pie XI était surnommé « Pie XI l’alpiniste » et son successeur Pie XII « le passionné de cyclisme », Jean-Paul II lui aussi était un grand sportif qui a mérité les titres de « pape des athlètes » ou encore « saint patron des sportifs ».
« Chaque chrétien est appelé à devenir un bon athlète du Christ, c’est-à-dire un témoin fidèle et courageux de son Évangile »
Jean-Paul II
Le catéchisme de l’Église catholique expliquant que « la chair est le pivot du Salut. Nous croyons en Dieu qui est le créateur de la chair ; nous croyons au Verbe fait chair pour racheter la chair ; nous croyons en la résurrection de la chair, achèvement de la création et rédemption de la chair […]. Nous croyons en la vraie résurrection de cette chair que nous possédons » (CEC 1015-1017), affirme l’importance du corps humain et de sa dignité.
D’où une place rehaussée du sport – pour un corps sain et un engagement complet de toute la personne, qui est « corps et âme » – dans le, catholicisme. Jean-Paul II, avec la « théologie du corps », continue d’aller dans ce sens d’une acceptation du corps et même de son respect profond, comme cadeau dont nous sommes dépositaires. Ainsi, Jean-Paul II institue en juin 2004 une section « Église et Sport » dans le dicastère du conseil pontifical pour les laïcs au Vatican. Dans la continuité de cette création institutionnelle, quatre colloques étaient organisés au Vatican : en 2005, Le monde du sport aujourd’hui ; en 2007, Le sport, un défi pastoral et éducatif ; en 2009, Le sport, l’éducation et la foi ; et en 2015, Coaches : educating people.
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Dans cette ligne, se dessinent plusieurs profils de sportifs chrétiens qui témoignent : « Ma foi me donne la conviction que je peux être bon et toujours m’améliorer en tant que joueur. Cela me donne de la force et de l’inspiration. […] Tout dans la vie, appartient à Dieu. Notre destin a déjà été tracé » (le footballeur brésilien David Luiz) ou encore « Pour moi, c’est le Seigneur qui m’a désigné ce chemin. C’est pour cela que je n’ai pas le droit de gâcher cette chance » (Teddy Riner). Dans ces deux exemples ressort le parallèle entre la discipline sportive qui nous désigne un but et le chemin que Dieu trace. Jean-Paul II déclare encore dans son homélie pour le Jubilé des sportifs du 29 octobre 2000 : « En effet, c’est Lui le véritable athlète de Dieu ; le Christ est l’Homme “le plus fort” (cf. Mc 1,7), qui pour nous a affronté et vaincu l’adversaire”, Satan, avec la puissance de l’Esprit Saint, en inaugurant le Royaume de Dieu. Il nous enseigne que pour entrer dans la gloire il faut passer à travers la passion (cf. Lc 24, 26.46), et il nous a précédés sur cette voie, pour que nous en suivions les traces. »
Pour Jean-Paul II, saint Paul résume tout lorsqu’il déclare : « Ne savez-vous pas que, dans les courses du stade, tous courent, mais un seul obtient le prix ? Courez donc de manière à le remporter » (1 Co 9,24). Mais il s’agit d’aller plus loin dans le parallèle (toujours dans la même homélie) : « L’Apôtre Paul nous l’a rappelé encore une fois : “Tout athlète se prive de tout ; mais eux, c’est pour obtenir une couronne périssable, nous une impérissable” (1 Co 9,25). Chaque chrétien est appelé à devenir un bon athlète du Christ, c’est-à-dire un témoin fidèle et courageux de son Évangile ». On trouve dans cette veine d’autres sportifs encore : « Les talents que Dieu m’a donnés, je veux tous les orienter de façon à Le glorifier. Je veux détourner l’attention de moi pour tout orienter vers Lui. Sur le terrain, je me frappe souvent le torse et pointe mon doigt vers le ciel. Cela veut dire que j’ai un cœur pour Dieu et ça me rappelle pour qui je joue » (le basketteur américain Stephen Curry) ou encore : « Si Jésus me demande d’évangéliser davantage, je serai heureux d’arrêter ma carrière de footballeur pour imiter la foi d’Abraham qui, lui, était prêt à immoler son fils Isaac » (le footballeur brésilien Ricardo Kaka).
Mais l’essentiel reste dans l’action de grâce perpétuelle, joie qui s’apparente à celle de la victoire sportive, et cette action de grâce peut se formuler de multiples manières : « Merci Jésus pour cet autre jour de joie. Merci Jésus pour la santé que tu me donnes. Merci Jésus de m’aider à surmonter le mal. Merci Jésus, pour le droit de vivre. Merci Jésus, pour tout le bien que Tu fais. Merci Jésus, car Tu nous bénis et nous protège » (Neymar).





