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L’anglais nous dit que ce disque est versatile, le français qu’il est polyvalent. Il est l’heureux résultat d’un développement entrepris par quatre concurrents internationaux et d’un accord regroupant dix industriels.
Cela sent la corporation, voire la guilde, et il ne doit rien à l’Union européenne, qui se contente d’imposer des messages moraux et énervants auxquels on ne peut échapper. Les éditions Montparnasse ont sorti le premier DVD français, Microcosmos. Qu’elles soient ici louées pour leur catalogue aux mille merveilles, où le réalisme documentaire le plus roide (La Bataille de l’eau lourde, Jean Dréville, 1948) côtoie la fantaisie américaine la plus débridée (coffret Screwball Comedy, 2020) et les pensums les plus arides (Sartre par lui-même, six heures d’entretien…).
Et c’est ce mot de catalogue qui est intéressant. Il impose l’idée d’un choix, d’une politique, d’une philosophie de la chose. Il conduit donc naturellement au concept de bibliothèque, cette masse de livres reçus, achetés, chinés, ramassés, empruntés (et pas encore rendus) qui finissent par dessiner le portrait du propriétaire, dont les murs témoignent de son goût surprenant pour l’histoire du droit flanquée de Guillaume Musso, ou du plaisir qu’il trouve à lire tout à tour Gaston Lagaffe et le Cardinal Newman. Dans les rayons s’exposent à nue son âme, ses vertus, ses pentes coupables, ses divertissements honnêtes et ses erreurs.
Physiques, dotés d’une petite épaisseur, faciles à prendre en main, légers, ils appellent le partage, la discussion, la vision en commun, l’étonnement (« Mais comment as-tu fait pour acheter un truc pareil? », me dit souvent un ami.
Les DVD, rangés sans fantaisie, standardisation oblige, offrent la même vue en coupe du propriétaire. Physiques, dotés d’une petite épaisseur, faciles à prendre en main, légers, ils appellent le partage, la discussion, la vision en commun, l’étonnement (« Mais comment as-tu fait pour acheter un truc pareil? », me dit souvent un ami. « Je l’ai acheté pour un euro chez Noz », lui rétorqué-je), l’emprunt, le vol. Dérouler une liste de titres sur un ordinateur est d’une froideur…; naviguer au hasard des plateformes infinies est irritant à proportion qu’on nous promet des merveilles qui ont l’air de pépites dispersées dans la boue ; passer lentement en revue les rayons agréablement finis d’une cinémathèque bien fournie, tirer de quelques centimètres un DVD puis deux, faire une pile de dix, se décider pour trois, bref prendre le temps de la curiosité jusqu’à ce que le jugement se forme et le désir se précise, voilà qui est véritablement honorer un lieu et son maître.
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Mettre de côté Room 237, documentaire hilarant sur les théories complotistes interprétant Shining, et au dernier moment choisir de revoir The Mandchurian Candidate, chef d’œuvre de Frankenheimer; et insister pour qu’une relation emporte le DVD dont on lui assure qu’il va changer sa vision du cinéma pour le pur plaisir de braver l’avertissement qui nous dit qu’un DVD ne se prête pas en dehors du « cercle privé ».
Objet qu’on peut se prêter comme un mot de passe, offrant la VO comme la VF et laissant libre de choisir, invitant à la curiosité et à la générosité, miroir de l’âme mais bonhomme directeur de conscience, le DVD est de droite.
Richard de Seze
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