[vc_row][vc_column][vc_column_text css= ».vc_custom_1531993687895{margin-right: 25px !important;margin-left: 25px !important;} »]
[Cet article sur le «Bastion social » paru dans le numéro de juillet-août, nous a valu un vaste courrier, de très nombreuses réactions sur internet et les réseaux sociaux, parmi lesquelles un nombre non négligeables d’insultes et de menaces, provenant particulièrement des membres du Bastion social et de leur entourage. Il va sans dire que nous ne retirons rien du fond de l’analyse que nous avons menée ici, et qu’on ne nous fera pas taire. Nous avons cependant corrigé une erreur factuelle sur CasaPound, à la demande de ses dirigeants. Nous avons par ailleurs proposé aux différents meneurs de ces mouvements de se défendre à travers une tribune que nous publierions sur notre site. Ils en ont accepté le principe, mais sans y donner une suite concrète pour le moment. Ils savent pourtant que nos pages leurs sont ouvertes, de même que nous restons disponibles pour le débat, tant qu’il se déroule dans le respect de la politesse commune. Il serait en effet de bon aloi que la droite française sorte enfin de ses réactions pubescentes et tente de réfléchir sur ses défauts et ses erreurs. Jacques de Guillebon, directeur de la rédaction ]
Depuis quelque temps, la Macronie a peur. Ou tente de le faire croire. Depuis que le GUD a explosé en vol pour accoucher du « Bastion Social », le danger fasciste serait à nos portes. En réalité, l’ultra-droite, bête noire des services de renseignement intérieur et épouvantail du gouvernement, tente un ultime ressaut pour sortir de son ghetto en singeant l’aventure italienne de la CasaPound. Et c’est notamment sur ce point précis que le bât blesse.
Un acte de naissance chaotique
Dans la capitale des Gaules, c’est la panique en ce mardi 13 juin 2017. L’ambiance est électrique dans le quartier chic de la presqu’île de Lyon. La présence massive de forces de l’ordre pourrait faire penser à une opération anti-terroriste. En fait, il n’en est rien. La police est à pied d’œuvre pour faire expulser un bâtiment désaffecté situé au 18, rue Port du Temple dans le IIe arrondissement. Autrefois composé de logements de fonction d’EDF, ce bâtiment était vacant depuis 30 ans et venait d’être récupéré par la ville. À l’intérieur, il n’y a que huit personnes. Qui sont-ils ? Non pas des zadistes ni des preneurs d’otages mais des militants du GUD (Groupe Union Défense), le phalanstère étudiant fondé en 1968 connu pour sa violence et sa rhétorique fortement antisémite. Cela faisait moins de trois semaines qu’ils occupaient les lieux. Leur but ? Retaper le bâtiment pour en faire un foyer social capable d’accueillir des Français en grande difficulté sociale. Leur modèle ? La CasaPound, le mouvement politique néo-fasciste italien né à Rome en 2003.
Malgré des résultats électoraux très modestes (1% aux dernières élections législatives), ce dernier a réussi à s’implanter durablement dans le paysage politique transalpin en proposant un modèle de société alternative, à mi-chemin entre tradition et futurisme. Leur maître à penser ? Dominique Venner, le directeur de la NRH (Nouvelle Revue d’Histoire) qui s’est suicidé à Notre-Dame de Paris en 2013 d’une balle dans la tête. Une sorte de sous-Mishima made in France, plus pathétique qu’héroïque. Leur devise ? « Les nôtres avant les autres. » Logique dans le principe mais pour le moins simpliste. Pour qualifier leur acte d’occupation, ils récusent le terme trop connoté de « squat » et lui préfèrent celui de « réquisition non conforme », reprenant ainsi le vocabulaire de CasaPound. Pour eux, l’expulsion est un échec cuisant même si elle était plus que prévisible. En effet, depuis sa réquisition par les militants nationalistes révolutionnaires, le bâtiment faisait l’objet d’une procédure d’expulsion.
Le soutien populaire
Derrière le « Bastion Social » se cache un jeune homme de 24 ans, lequel a fait un passage furtif dans les tribunes de Lyon avant de militer au GUD : Steven Bissuel. Selon ce dernier, l’expulsion du bâtiment aurait coûté pas moins de 50 000 € ! Tout ça pour ça, comme dirait l’autre. Mais depuis quelque temps, le mouvement a pris de l’ampleur. Né à Lyon, il s’est exporté dans différentes villes de France, à savoir Strasbourg, Chambéry, Aix-en-Provence en février et Marseille en mars, et Clermont-Ferrand en ce mois de juillet. Le 21 novembre dernier, le GUD a annoncé via Facebook son auto-dissolution, accouchant ainsi officiellement du « Bastion Social » qui devient un mouvement politique. Il ne s’agit pas seulement d’un changement de nom mais de paradigme. Les responsables du Bastion Social n’entendent plus recruter seulement dans le milieu étudiant mais au sein de la jeunesse en général. Il va sans dire que le mouvement est composé majoritairement de militants très jeunes. À son origine, il y a d’abord le constat que l’ultra-droite française reste tournée vers le passé, incapable de se renouveler en profondeur. Désormais, les ex-gudards misent sur les maraudes, les distributions de nourriture et de vêtements. Exeunt la violence et l’antisionisme viscéral ? Pas si simple. En effet, le mouvement reste très politique, si l’on en juge notamment à l’organisation d’une manifestation à Strasbourg en soutien à Bachar Al Assad le 15 avril dernier.

« Le Bastion Social se veut une alternative au GUD. L’origine des militants s’est élargie. Le GUD s’est mis en sommeil. On en a fait le tour. On voulait faire quelque chose de concret. On veut agir dans le réel », explique Steven Bissuel. Si l’on en croit ce dernier, le mouvement a reçu un soutien populaire sans précédent : « Le mouvement agrège désormais des personnes non militantes. On se veut défenseur du peuple. 99% des commerces étaient d’accord avec cette implantation. À l’occasion de la première manifestation qu’on a organisée, on a reçu le soutien de personnes de la société civile. Le journal Le Progrès a consacré une page entière au Bastion Social. On a le soutien de la majorité. On bénéficie de la méfiance envers les médias mainstream ».
Lire aussi : Le pari de Salvini est le cauchemar des multiculturalistes
À Marseille, l’implantation du Bastion Social a été rendue possible par le ralliement des roycos de la branche provençale de l’Action Française. Au premier abord, l’alliance entre royalistes et nationalistes révolutionnaires semble contre-nature. Mais il apparaît surtout que la radicalité des militants provençaux les aient mis en porte-à-faux avec les instances nationales du mouvement et qu’ils en aient été exclus, d’où leur ralliement au GUD. À Lyon, le Bastion possède désormais un nouveau local, Le Pavillon Noir, portant le même nom que le précédent et inauguré le 13 janvier dernier. S’y sont agrégés un salon de tatouage ainsi qu’un magasin de vêtements casual, « Made in England », géré par Steven Bissuel lui-même. Un peu partout, l’implantation du Bastion Social est émaillée par des violences avec les antifas. « Business as usual », pourrait-on dire.
Une copie non conforme de la CasaPound
Pour le moment, le Bastion Social semble une bien pâle copie de la CasaPound italienne. Tout d’abord, le logo du Bastion Social ressemble étrangement à celui adopté par les néo-fascistes italiens. En fait, il semble que le phare ait été « emprunté » au logo d’un mouvement identitaire serbe, le « Kulturni Klub Svetionik » (littéralement « Phare du club culturel »). Bien sûr, les ex-gudards ont reçu le soutien de leurs camarades italiens mais comment pourrait-il en être autrement ? De son côté, Steven Bissuel se défend d’avoir voulu faire un décalque : « On a de très bonnes relations avec la Casa Pound. On a voulu s’inspirer de ce qui marche en Europe,notamment le Hogar Social (Foyer Social) en Espagne. Il ne s’agit pas d’un copié-collé. Ce n’est pas exportable tel quel. On n’a pas la prétention de faire une CasaPound à la française. On a souhaité s’inspirer de leurs méthodes d’action et de l’esthétique de ce mouvement. On n’a pas demandé d’autorisation à la CasaPound. Le fondateur italien de la CasaPound Gianlucca Iannone se trouvait à deux heures de Lyon au moment où on a réquisitionné le bâtiment de Lyon et il est venu nous rendre visite. Je suis allé à la Fête annuelle de CasaPound », poursuit-il. À la question de savoir si le Bastion Social incarnerait un mouvement néo-fasciste à l’image de son modèle romain, il répond : « On se revendique nationalistes-révolutionnaires. CasaPound se revendique fasciste. Cela ne veut pas dire que les deux soient incompatibles ».
Du social en trompe-l’œil
Si la CasaPound, héritière de la République Sociale Italienne de 1943 et du manifeste de Vérone, semble légitime dans son rôle, le virage social opéré récemment par le GUD paraît un peu forcé. Voire carrément artificiel. Le Bastion Social, qui milite pour la suppression du droit du sol au profit du droit du sang, semble bien davantage réactionnaire que révolutionnaire. Les perspectives d’avenir du Bastion Social posent question. Tout d’abord, ce dernier ne bénéficie pas d’un terrain aussi favorable que celui qui a vu naître la CasaPound. Ensuite, il existe une législation plus souple en Italie en matière d’occupation de bâtiments qu’en France. Enfin, il y a un terrain idéologique plus favorable en Italie où fascisme et action sociale ne sont pas forcément vus comme des valeurs incompatibles.
Lire aussi: Pas de chèque en blanc pour les banlieues
Pour le moment, hormis le relogement d’une grand-mère, le bilan du Bastion Social reste bien maigre. N’est pas CasaPound qui veut ! Si l’on ne peut pas nier un phénomène de paupérisation d’une partie de la population française de souche, la dénonciation virulente d’un supposé néo-libéralisme paraît difficilement audible au pays du RSA et de la Couverture Maladie Universelle. Après tout, qu’y a-t-il de subversif à se revendiquer étatiste dans un pays où le jacobinisme fait partie de l’ADN ? Si les actions sociales du GUD sont tout à fait légitimes, ce dernier n’a en revanche rien de neuf à proposer sur le plan culturel et métapolitique et demeure ancré dans sa tradition anti-américaine et antisioniste primaire.
[/vc_column_text][/vc_column][/vc_row]





