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Le libéralisme rejette toute notion de vérité et de bien

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Publié le

12 février 2019

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Libéralisme notion de vérité

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[/vc_column_text][/vc_column][/vc_row][vc_row][vc_column][vc_column_text css= ».vc_custom_1550000715469{margin-right: 25px !important;margin-left: 25px !important;} »]Le libéralisme est devenu, depuis les années 1990, l’idéologie dominante de notre postmodernité déclinante. Pourtant, sa faiblesse congénitale repose sur un rétrécissement du bien commun au bénéfice d’une liberté individuelle illimitée, estime Christophe Geffroy, directeur de La Nef.

 

L’hégémonie actuelle du libéralisme s’explique par la conjonction de trois phénomènes plus ou moins concomitants : la dérégulation des années 1980- 1990 qui a conduit à la financiarisation de l’économie et à la concentration des richesses ; la chute du communisme en Europe de l’Est et en Union soviétique et la mondialisation, favorisée par les deux points précédents.

 

Ainsi, même un pays comme la France largement gangrené par le socialisme étatique ne peut échapper au libéralisme ambiant – ce qui se manifeste, par exemple, par le démantèlement progressif des services publics et de la protection sociale, comme par exemple la généralisation du travail dominical.

 

Lire aussi : L’édito de Jacques de Guillebon : Nos mirages

 

De la vérité à la liberté

 

Ce libéralisme excessif qui nous détruit est principalement économique. Faisons un peu d’histoire pour en comprendre l’origine. Le contexte de sa naissance est celui du passage d’une société holiste ou communautaire à une société individualiste, fruit d’un long mouvement d’émancipation de l’homme de toute tutelle supérieure s’imposant à lui – Dieu d’abord, la nature ensuite, la culture aujourd’hui – qui a sa source dans le nominalisme du XIVe siècle et l’humanisme du siècle suivant.

 

Ainsi, l’anthropologie classique, héritée d’Aristote et saint Thomas d’Aquin, qui appréhende l’homme comme un « animal politique » fait pour la société et animé de liens d’amitié envers son semblable (la philia), laisse-t-elle la place à une tout autre vision, celle d’un être associable à l’état de nature, d’où l’idée du « contrat social » pour mettre fin à la guerre de tous contre tous (Hobbes).

 

 

Cette évolution génère un basculement fondamental qui s’opère sur une longue période : dans l’ordre politique, la primauté passe de la vérité à la liberté. Le libéralisme apparaît ainsi historiquement comme une réponse au problème de la liberté :

1/ Comment protéger institutionnellement la liberté-autonomie contre un pouvoir réputé par nature despotique ?

2/ Comment répondre à l’émancipation des désirs matériels des hommes ?

La réponse libérale à cette peur du pouvoir et à l’absence de confiance en l’homme est d’abord politique et elle s’élabore autour de trois piliers : la théorie de la suprématie du droit ; la séparation des pouvoirs (exécutif, législatif, judiciaire) et la théorie de la représentation (Locke et Montesquieu).

 

Lire aussi : Débat LIBÉRALISME Thibaud Collin : La grande fracture de la modernité libérale

 

Privatiser le fait religieux

Cela n’est toutefois pas suffisant. Car les hommes se divisent facilement sur la religion ou sur leur vision du bien : il convient donc de soustraire ces domaines au politique pour les confiner à la seule sphère individuelle et en faire une affaire privée.

 

Le libéralisme politique ne s’attache pas aux vertus des acteurs, mais aux vertus du système. Alors que chez les classiques, la politique visait à promouvoir des règles de vie, le libéralisme politique se borne à fixer des règles du jeu ; il ne fixe donc pas de fin, il ne poursuit aucun bien commun, il établit seulement un cadre juridique où chacun peut poursuivre ses propres fins.

 

 

Le triomphe de l’Homo œconomicus

Le libéralisme économique apparaît naturellement dans le sillage du libéralisme politique en réponse à la seconde question posée ci-dessus : si, pour les libéraux, les idées divisent, l’intérêt unit et ils pensent que le commerce est pacificateur : d’où le principe du « laissez faire, laissez passer » et l’apparition de l’homo œconomicus.

 

L’homme étant un être avant tout mû par la recherche de son intérêt matériel personnel, il contribue, ce faisant, au bien de tous en le poursuivant, selon la célèbre Fable des Abeilles de Mandeville : « Les vices privés font les vertus publiques ». D’où la théorie libérale classique élaborée au XVIIIe siècle par Adam Smith avec sa « main invisible » et sa théorie du marché qui s’équilibre naturellement au mieux sans intervention humaine.

 

Lire aussi : Débat LIBÉRALISME – Charles Beigbeder : Pour un conservatisme libéral

 

On voit que libéralisme politique et libéralisme économique sont à la fois distincts et cependant liés. Jean-Claude Michéa, dans L’empire du moindre mal (Climats, 2007), a parfaitement décrit le mécanisme qui poussait presque inévitablement le premier vers le second : « Si le libéralisme politique finit toujours par retrouver dans le libéralisme économique son centre de gravité naturel, c’est donc bien d’abord parce que ce dernier, dans son projet comme dans ses principes, constituait déjà, depuis le commencement, la réponse politique parallèle au problème moderne. […] »

 

« S’il veut demeurer fidèle à lui-même – et ne pas s’aventurer sur le terrain, à ses yeux trop glissant, des valeurs et de la morale – le libéralisme politique n’a donc pas d’autre choix que de passer la main. C’est alors que la main visible de l’État juste, celle qui devait, au départ, se borner à définir les règles du jeu, se découvre perpétuellement contrainte de concéder au Marché, et à sa main invisible, le soin de régler les problèmes non résolus en organisant pour son propre compte l’ensemble de la partie. C’est, bien sûr, à ce point précis que le scepticisme méthodique du Droit trouve sa vérité ultime dans le dogmatisme arrogant de l’Économie ».

 

© Nicolas Pinet pour L’Incorrect

 

Une liberté sans limites

Par son refus de statuer sur le bien et par son hubris inhérente à sa fausse conception de la liberté qui tend à rejeter toute limite, le libéralisme est l’idéologie parfaitement en phase avec une postmodernité déclinante qui détruit tout ce qui a fait notre civilisation, les nations, les cultures, l’environnement et maintenant l’homme lui-même ! Gardons-nous cependant de rejeter d’un revers de main une tradition politique vieille de plusieurs siècles qui a façonné les démocraties occidentales – lesquelles ont prouvé qu’elles pouvaient fonctionner d’une façon relativement satisfaisante.

 

Lire aussi : Débat LIBÉRALISME – Eric Tegnér : Pour une alliance des libéraux et des conservateurs

 

La priorité pour redonner un sens à nos sociétés serait de rétablir la notion du bien – et donc aussi du bien commun qui est la finalité du politique – ce qui signifie nécessairement se réapproprier le concept de loi naturelle. Plutôt que de tout renverser, c’est déjà un vaste programme de réforme.

 

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