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Le Louvre est-il de droite ?

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Publié le

22 septembre 2018

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Le Louvre commence avec une idée de Philippe Auguste et finit avec le sacre d’Emmanuel Macron ; en gros. Entretemps, il y aura eu Saint Louis, François Ier, Louis XIV et Balladur. N’en disons pas plus.

 

Côté architectes et artistes, on croise Lescot, Perrault, Le Nôtre et Pei, Le Brun et Morellet. François Morellet, qui a installé sept vitraux dans l’escalier Lefuel, dans la partie Napoléon III: « L’œuvre perturbe subtilement la perception de l’espace. […] les grilles décalées des vitraux du Louvre offrent-elles au spectateur un piège optique où le corps entier, lui-même en mouvement, se trouve impliqué. » Le Louvre est ainsi devenu un lieu où s’épanouit l’art contemporain. On y danse lentement, on y projette des films où les images et la guerre mondiale se déclinent « en de multiples retombées qui se recoupent, se cristallisent, s’allument, s’éteignent, comme les flammes des canons et la vibrance des constellations », ce qui, évidemment, laisse loin derrière la Galerie d’Apollon.

On y entre aujourd’hui par la pyramide Pei qui accueille en ce moment Throne, de Kohei Nawa, qui ressemble à un excrément gigantesque hérissé de cornes, le tout doré à la feuille,  roisement improbable entre une pièce montée, la chevelure de Naruto et le Trône de Fer du Royaume des Sept Couronnes; mais comme cette œuvre « propose une réflexion sur  l’intelligence artificielle », on comprend qu’elle est chez elle. Aujourd’hui, le Louvre s’exporte à Abou Dabi, il se disperse à Lens, il organise un adventure game dans les jardins des Tuileries (on s’inscrit au kiosque de Diane), demande à Liliam Thuram et Christine Angot d’imaginer des parcours. On pourrait croire qu’il a subi les ultimes outrages en 2015, avec l’exposition « Un brève histoire de l’avenir », inspirée du livre de Jacques Attali et dont le commissaire expliquait que « c’est l’art contemporain qui fait que l’art ancien n’est pas un vestige ». Mais pire est certainement possible.

 

Lire aussi : Les sacrifices humains sont-ils de droite ?

 

En attendant, le Louvre a lancé un POG, Plan d’Ouvertures Garanties qui lui permet de fermer des salles, alors qu’on n’avait cessé d’agrandir le donjon défensif de Philippe-Auguste et que le palais était envahi par le monde entier. Le Louvre vend aussi des mugs avec la tête de la Joconde. Les portraits en bronze de l’empereur Hadrien nous regardent avec moins de muette tristesse que ces rangées de tasses. Je m’y promenais avec mélancolie, ayant encore l’œil ébloui par le Throne. Je ruminais Abou Dabi et Angot, c’était amer et Vermeer me revenait en haut-le-cœur (merveilleux peintre, affreuse exposition). J’ai eu envie de revenir aux sources.

Les murailles médiévales sont intactes. Les blocs appareillés n’ont pas l’orgueilleuse régularité des âges classiques, ils sont familiers comme les maisons qui s’accrochaient au château. Plus on s’enfonce, moins il y a de gens. On croise le casque de parade de Charles VI, sorti du puits du donjon, avec sa devise, « EN BIEN ». On aboutit à la salle Saint-Louis. Un pilier rond et massif soutient une gerbe rase de nervures ogivales qui ne demandent qu’à pousser. C’est une promesse. Le Louvre est de droite.

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