Skip to content

Le marron d’Inde est-il de droite ?

Par

Publié le

30 novembre 2018

Partage

[vc_row][vc_column][vc_column_text css= ».vc_custom_1543585111279{margin-right: 25px !important;margin-left: 25px !important;} »]

Les marronniers du Luxembourg vont peu à peu disparaître. La mouche mineuse les tue à petit feu. On peut se consoler en songeant que certains seront remplacés par des chênes chevelus et des arbres aux quarante écus (dont l’arbre mâle a un port plus élancé que celui de l’arbre femelle, précise-t-on au Jardin des Plantes), mais c’est une mince consolation. En fait, les marronniers disparaissent un peu partout.

 

Avant le XVIIe , ils ne poussaient pas en France mais dans les Balkans (et non pas en Inde). C’était l’époque où les échanges culturels commençaient par une graine prudente qu’on mettait vingt ans à choyer. Les Balkans nous auront donc donné, en ces temps-là, les marronniers et la cravate, qui disparaît elle aussi, pour des raisons moins climatiques, moins botaniques, moins municipales, moins marronnières, en un mot. Le XVIIe siècle s’efface, il faut bien l’admettre. Nous vivons les derniers automnes où ces arbres inutiles (son bois brûle mal, les charpentiers n’en veulent pas, les menuisiers non plus), qui après avoir offert le spectacle réjouissant de leurs grosses fleurs, jonchaient avec opulence le sol de leurs fruits immangeables et magnifiques.

 

Lire aussi : Le totebag est-il de droite ?

 

Les bogues piquantes d’un vert tendre et vif délivraient enfin leur promesse : un caillou en bois, doux, lisse, brillant, à la mesure de nos mains. On pouvait se les lancer immédiatement à la tête en pensant que cela ferait moins mal. Les jardiniers sénatoriaux du Luxembourg les balaient désormais avec tant de soin qu’il devient compliqué d’en trouver. Ils ont honte. Nous cherchions dans les feuilles les bogues les moins tavelées, les mieux rebondies, et surtout celles où la fente déhiscente laissait entrevoir une graine luisante, gage d’ouverture facile. Dans son écrin blanc uniforme (la moindre roussissure était une peine), le marron resplendissait. Nous le humions, l’odeur était douceâtre, piquante, fugace, ça sentait l’arbre, la terre, la sève. Nous le nettoyions, et si aucun camarade, pigeon ou cible n’était à portée, nous nous absorbions dans la contemplation de sa peau marbrée comme de l’acajou.

On en ramassait trop, nos poches en étaient gonflées, on en remplissait nos cartables, nos mères nous forçaient à les jeter, nous en concevions de vifs chagrins. Puis ils se fripaient et se ternissaient. Nous leur restions fidèles quelque temps, tristes pour eux, un peu dégoûtés – songeant déjà à ceux du prochain automne. Le marron était une promesse faite par la nature, la récompense de la rentrée des classes, une libéralité, un bien commun. Il nous enseignait la générosité de la nature, l’ingéniosité de l’esprit humain, qui transformait le marron en animal avec quatre allumettes, la fragilité de la beauté, la nécessité du détachement, le respect des jardiniers municipaux, il nous enseigne la nostalgie. Le marron est naturel, beau et moral.

 

Lire aussi : Le mug est-il de droite ?

 

La mouche mineuse le tue comme le chancre coloré dévore le platane. Il disparaît en délivrant une dernière leçon: la République en a abusé, traitant l’arbre comme un mobilier urbain. Elle en a couvert le territoire et les trottoirs, imposant un modèle sans respecter ni la nature ni les usages. Le marronnier trépasse en faisant rouler ses dernières bogues qui brunissent et sèchent, muet reproche contre la technocratie et le jacobinisme. L’hiver approche, les sénateurs ont honte, le marron d’Inde est de droite.[/vc_column_text][/vc_column][/vc_row]

EN KIOSQUE

Soutenez l’incorrect

faites un don et défiscalisez !

En passant par notre partenaire

Credofunding, vous pouvez obtenir une

réduction d’impôts de 66% du montant de

votre don.

Retrouvez l’incorrect sur les réseaux sociaux

Les autres articles recommandés pour vous​

Restez informé, inscrivez-vous à notre Newsletter

Pin It on Pinterest